LA REVUE SOCIALISTE fout se faire une âme, puis l'imposer aux choses. A cc prix seul, l'effort a quelque v,1lcur, et nous pouvons prétendre à l'action. C'est l'exemple que nous Jonne Lamartine, poctc s'efforçant de realiscr son àmc dans l'action politique et sociale, et puisant aux sources profondes de sa conscience l'inspiration si haute et si puissante Je ses actes. « Le feu intérieur a tout vivifié, il n'y a plus de Jésaccor<l entre l'àmc du poète et les :1ctes du citoyen ... Pour lui, l'action sera la sœur Ju rève ». Là est le grand enseignement de s:1 politique. cc Personne n'est forcé d'entrer dans les affaires publiques, ni de briguer les suffrages du peuple, mais des qu'on le fait, il faut ne le faire que par dernir, et sous l.1 pression impérieuse d'un idéal intime. » Lamartine fut ainsi une conscience agissante, comme il disait luimêmc, cc un cœur qui pressent, qui résume pour ainsi dire en soi les instincts de la grande époque ou nous vivons et qui palpite fortement <le la vie générale ». Il tomba frappé par son propre idéal. Selon M. Bérenger, c'est sa foi dans la souveraineté absolue du peuple par le peuple, sa croyance au triomphe des bons instincts du suffrage universel, qui de mème qu'elle l'av:1it poussé, !>Outenu, élcYè dans l'action, devait le briser et le précipiter dans l'oubli et le silence. - Lamartine aurait eu le tort de se confier :'t une dcmocratie qui ne fût pas dirigée, maintenue, gouvernée par les meilleurs, par une aristocratie. Cette erreur fut sa dUaite. Mieux instruites, les gcnérations nom·elles, affirme en concluant le conférencier, admettent avec Lamartine l'idée <l'une « démocratie pacifique et fraternelle )), l'idée que le sentiment religieux, affranchi des dogmes, doit pénétrer cette démocratie; clics admettent quc le suffrage universel et l'instruction universelle sont les conditions nécessaires de la démocratie, que les institutions de prévoyance et d'assistance sociales en sont les œuvres essentielles; elles yculcnt répandre cet idéal pacifique, ne faire aucune guerre de conquête ni de vanité, s'opposer au développement de la ploutocratie aussi bien que du communisme, assurer un maximum de libertc dans un maximum de fraternité. Mais nous n'admettons plus le dogme <le l'égalitc absolue. Nous n'acceptons plus la forme purement arithmétique <lusuffrage universel. Une démocratie n'est pas un désert de sables - elle est une hiérarchie de volontés, qui toutes ont un droit, mais un droit proportionné au gouvernement de l'ensemble. - Le grand problème dans une démocratie, c'est d'organiser cette hiérarchie des volontés libres, <l'assurer à chacun son droit et son ra1~g, sans jamais recréer de castes ni de classes, sans jamais oublier que la solidarité fraternelle est le premier des devoirs sociaux. - Ainsi se pose le problcme. Et tenter de le résoudre, c'est << préparer a l'œuvre de Lamartine le couronnement qui lui manquait. »
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