La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

CHHO:-IIQUE THÉATRALE 755 mey a recueillie dans ses voyages et que M. Michel Carré a transportée à kt scéne et mise en vers agreablcs. O'harra est une jeune aveugle qui naturellement· souhaite avec passion de connaitre la lumiérc; clic a imploré en vain les dieux impuissants qui ne la guérissent pas, et elle semble condamnée à rester désespérément plongée dans les tén<'.:bres, lorsqu'elle fait la rencontre inopinée d'un vieux savant qui, à l'aide d'une drogue, lui rend la vue. Ce savant est ridicule et sot, comme il convient, parce qu'il serait indécent aujourd'hui de faire allusion à la science sans la bafouer. Et encore, grotesque, c'est peu : il faut en outre qu'il soit nuisible. De quoi s'avisc-t-il d'arracher les aveugles à leur nuit bienheureuse? A peine les yeux d'O'harra sont-ils dessillés qu'avec leur voile tombent ses illusions: elle s'était figuré son amant plus beau; la couleur du rossignol dont le chant la ravissait lui parait laide; des roses qu'elle regarde avec amour laissent vilainement tomber leurs pétales et meurent entre ses doigts; la iune lui fait peur en se levant dans un horizon sanglant et tragique. Rapidement dégoûtée de tant de désastres, la jeune fille implore les dieux bienfaisants qui lui rendent la cécité et le rêve salutaire! Cette fable ténue n'est pas présentée sans grâce; mais elle ne laisse que l'impression d'un paradoxe bien tourné. L'auteur n'y croyait pas en l'écrivant; il ne nous a pas inspiré une foi qu'il ne possédait pas - heureusement - sans quoi, en sortant de la représentation, nous aurions tous couru nous creYer les yeux. Au contraire, Yillicrs de l'Isle-Adam, exprimant la même idée dans Révolle, a rempli tous les spectateurs de terreur; .il n'en était pas un qui, à l'entendre, n'(prouvàt le plus profond mépris pour la bassesse des bourgeois et pour les conventions sociales. Élisabeth est la femme d'un spéculatcm qu'elle a épousé sans amour, comme il arrive souvent chez nous. Elle a une âme noble, élevée, pleine des plus pures aspirations. Quant à lui, c'est un homme honnête selon le monde et correct en affaires, pas méchant mais sans générosité, de cœur vil, d'esprit étroit; sa mesquinerie, sa pl~titude indignent et dégoùtent Élisabeth. Mere, die n'a pas trouvé de consolation suffisante dans l'affectionqu'elle ressent pour son enfant; elle n'en a pas voulu chercher dans l'adultère; aucun amour n'a pénétré cc cœur froissé, replié sur lui-même. Elle a réfléchi et soudain, sans motif nouveau, sans raison apparente, elle annonce à son mari qu'elle va le quitter. Il ne comprend pas. N'a-t-elle pas près de lui ce qu'elle peut désirer, la richesse, un nom respecté, la considération du monde? Alors elle s'explique; elle lui dit ses pensées, son rêve, sa passion pour l'idéal; elle expose le mépris qu'elle éprouve pour luimême, pour les opérations de bourse qu'il fait, pour les gains énormes qu'il réalise en un instant sans effort et dont le scandale décourage les laborieux de travailler; elle dit son horreur pour le commerce; elle

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