La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

ïH LA REVUE SOCIALISTE fidèle, k n:cucilk, le console et obtient du cic:1lc rachat des fautes qu'il a commises. Cc conte signifie sans doute que, au lieu Je courir le monde par ambition et cupiditè, il serait infiniment plus sage de rester en paix :i son humble foyer oü l'on trou,·crait le bonheur. C'est la morale raisonnable et plate que prêchait Cinéas à Pyrrhus. Ibsen l'a fortifiée par des fantaisies longues et laborieuses. Pourtant deux scènes sont a déaaacr d:111scet ensemble chaotique : la premiérc est celle oi.1 ::::-, t") Peer Gynt amuse sa mcre mourante en lui rèpct:111t les jeux dont clic berçait jadis son enfance; cela est d'une ten,drcssc gracieuse et delicatc. La seconde est celle du fondeur. Ce fondeur - encore un personnage fantastique - est une sorte de croque-mort ou de fossoyeur, qui surgit soudain pour rèclamer Peer Gynt, pour lui prendre son amc qui est incomplète et la refondre comme il a l'habitude de faire, parait-il, a\'CC les êtres manquès. Hèlas, mystèricux fondeur! est-cc que tous nous ne pèchons pas par quelque lacune, est-ce que nous n'avons pas clcgra\'CS imperfections et ne faudrait-il pas tous nou~ refondre? Où donc s'en \'Ont ces âmes complètes que ,·ous ayez repétries et qu'apparcmment vous ne lancez pas ?ar le monde, puisque nous ne les rencontrons jamais? Incertains de la pensée d'Ibscn, nous le sommes aussi de celle de ;\l. Auguste Arnault, qui, a\·cc un procédé d'art trés différent, n'a réussi à rien dcbrouiller dans son Danger. L'auteur s'est perdu parmi les subtilitcs d'une conversation obscure entre trois personnages principaux : un jeune homme, grand séducteur de cœurs, ne sait pas luimême s'il éprouve de l'amour pour une femme mariée dont il est l'ami intime, ou pour une jeune fille qu'il demande en mariage. La femme ignore si elle est amoureuse de son mari ou du jeune sèducteur, et la jeune fille doute si clic aime ce dernier ou bien un autre personnage, qui la courtise également, et que par bonheur nous ne voyons pas, sans quoi il aurait encore quelque hcsitation à nous proposer. Donc le dialogue se poursuit entre trois doutes auxquels nous n'ayons rien <:ompris et je ne sais vraiment pas quel est le dcnoucmcnt de la pièce. D'ailleurs, à partir du troisiémc acte, les spectateurs se sont mis à causer entre eux pour se communiquer leurs doutes, et il a éte difficile de ~uinc l'ouvra?;C, Je me suis rappclc, il y a quelques années, a,·oir vu à cc même Odcon un acte de Marivaux, les Si11cères, qui obtint le même succcs: tout le monde parlait dans la salle. Il est visible que M. Arnault s'est inspire de ~Iarivaux; c'est dommage qu'il lui ait ressemblé seulement par ce fâcheux résultat. Les cieux autres pièces qui accompagnaient Danger sont essentiellement dissemblables, mais au fond clics expriment la même idee, à sa\'oir que le Rêve idcal est supérieur à la Réalité grossière et brutale. La première pièce, les Yeux rlos, est gentille; la seconde, Révolte, est admirable. Les Yeux clos, c'est une lcgende japonaise que M. Félix Réga-

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