LA REVUE SOCIALISTE traite de futilités tout ce qu'il appelle choses sérieuses, l'argent, les affaires, les conYcntions sociales, et à cela elle oppose ce qui seul a du prix pour clic, les beaux rêves, les chimères délicieuses qui bercent et cni\'rent, la poésie sacrée. Toutes ces pensées sont exprimées en un magnifique langage, trés pur, trés harmonieux. C'est une des plus belles revendications que jamais poétc ait fonnulécs en faveur de l'ideal. Donc Élisabeth part, laissant son mari stupéfait. Mais elle ne Ya pas loin, la pauvre }me. Elle est faible, clic a l'habitude du joug, elle a peur d'être injuriée par la foule qui la traitera stupidement de femme incomprise; et bicntot, sans être attirée par le souvenir de son enfant, elle rcYient prosaïquement s'asseoir au foyer conjugal. L'impression a été profonde à l'audition de cc beau drame, qui aYait été dénigré, il y a Yingt-six ans, lorsqu'il fut donné au Vaudeville (mai 1870). On a été s~irpris d'y rctrouYcr non seulement une donnée qui aYait paru neuYc dans une œuvre d'lbsen, Maiso11depoupée, mais encore une conception genérak du drame qui semblait importée chez nous par !'écrivain non·égicn, je veux dire le mélange des personnages réels et des personnages symboliques. Le mari, en effet, dans Révolte, - le mari que Gémier a créé excellemment, - est un individu copié dans la vie; nous le connaissons, nous le coudoyons chaque jour parmi les bourgeois, dont il a le type, les vices, les appétits, les tics, le langage. Au contraire, Élisabeth est une créature de rêve dont les idées sont surtout celles du poète. Mme Segond-Veber a très bien saisi cc caractère, en laissant au personnage quelque chose de vague et de lointain. Malgré cc que Élisabeth peut dire de choquant, nous ne sommes pas plus affectés de ses paroles que nous ne le serions par celles d'un être qui descendrait directement de la lune, car nous ne songeons pas à demander aux habitants de cet astre de penser et d'agir comme ceux d'ici-bas. Sans quoi on réfléchirait que les idées poétiques et indépendantes de cette fcrrime ne germent guère derrière le comptoir où clic a été élevée : clic est la fille d'un commerçant. Si elle était plus YOisinc de l'humanité, on s'accommoderait mal de la voir abandonner sa fille; on trouverait qu'elle manque naiment d'esprit de sacrifice. Enfin, il est à remarquer que la piéce se compose presque uniqacment de deux discours. On aurait aimé voir une succession de faits dramatiques se développant au cours d'une soin~e et amenant de façon logique la conclusion que l'auteur avait conçue: la pièce serait ainsi plus accessible au grand public, pour lequel elle restera, jl! le crains, une chose mystérieuse- et inaccessible. Mais, conçue et ramassée en un seul acte, l'œuvre acquiert, par sa concentration mêml!, une intensité extraordinaire. Quelque critique qu'on puisse objecter, elle demeure grandiose et admirable. GASTON STIEGLER. '
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==