CHRONIQUE THÉATRALE Le porche était fait de deux branches D'une broussaille et d'un buisson; La voussure, tout en pen·cnches, Était signée : Avril, maçon. et, comme les Cognard, il s'amuse à marier entre elle les plantes Et l'on mariait dans l'église, Sous le myrte et le haricot, Un œillct nommé Cydalise Ave~ un chou nommé Jacquot. ï53 Et la Nature tout entière prend part A ces noces, où un Papillon officie, assisté de l'enfant de chœur Coquelicot, devant la grisette Liseron, et ainsi de suite pendant des centaines de vers. On sait que la Cba11so1d1es rues et des bois déplut lors de sa publication en 1865. Cet hymne enthousiaste ,'t l'univers parut sans doute une divinisation trop precise des éléments matériels de la terre : c'était la résurrection de l'antique mythologie. Quelque valeur que l'on accorde à cc recueil, j'ai tenu i faire le rapprochement pour montrer quelle connexité existe parfois entre les genres les plus opposés en apparence .. Étonnez-Yous après cela que la Bic/Je et Pm· Gy11t offrent de nombreuses analogies! Pourquoi Yoyons-nous le Prince Souci et son confident Fanfreluche au fond de l'eau, dans le royaume des poissons, en grande conversation avec un homard et une carpe? C'est un mystere que jamais la raison humaine ne percera. Et, d'autre part, pourquoi Peer Gynt se trouve-t-il au milieu d'une forêt, avec une femme verte, entouré de loups, d'ours, de petits cochons et d'autres animaux encore qui lui tiennent de profonds discours? Pour rien, sinon que M. Ibsen aime en s'é,·eillant à conter ses rêves de la nuit, et nous, naïfs, nous nous éYertuons à leur chercher un sens, comme des habitués d'un café de province qui veulent déchiffrer un rébus. Ne cherchons pas; contentons-nous de voir se derouler les songes de l'auteur et accueillons ceux qui peuYent nous divertir, comme, en levant la tête, nous saluons d'un sourire les nuages d'une jolie forme ou d'une teinte délicate que crée et emporte le caprice du vent. Peer Gynt, que M. Deval a incarné avec beaucoup de brio, est un aventurier; paysan paresseux et hablcur, grand embrasseur d_efilles, il part un beau jour en laissant au village la jeune Solveig qui l'aime du plus chaste amour. Apres qu'il a rencontré la femme verte, déjà nornmée, et les animaux, nous le retrouvons, traficant millionnaire, sur une plage déserte où ses compagnons l'abandonnent pour se perdre eux-mêmes, puis prophète je ne sais trop où et assistant à une danse du ventre, puis naviguant sur un vaisseau oü un fantôme lui donne rendez-Yous au fond de la mer. Enfin, vieux, pauvre, épuisé, il revient à sa cabane où Solveig, blanchie maintenant mais toujours 48
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