752 LAREVUESOCIALISTE CHRONIQUE THÉATRALE THÉATREDE L'ŒuvRE. - Peer Gynt, poème dramatique en cinq actes, d'HENRIKIBSEN,musique de E. GRIEG, traduction de M. le comte PROZOR. THÉATREDUCHATELET- . La Bic/Jerw bois, féerie des frères CoGNARD. OotoN : Les Yeux clos, un acte en Yers, de M. MICHELCARRÉ,d'aprcs une lcgende japonaise rapportée par M. FÉLn. RÉGAMEY. Danger, comcdic en trois actes, de M. AUGUSTEARNAULT. Révolte, un acte, de VILLIERSDE L'ISLE-ADAM. Des deux féeries de cc mois, la Bic/Jeau bois et Peer Gynt, la prcmicrc a été unanimement dcclaréc inepte, mais la seconde a trouvé certains défenseurs qui l'ont jugée admirable. J'avoue, pour ma part, ne les avoir dans leur ensemble comprises ni l'une ni l'autre, quoique toutes deux renferment des sccncs symboliques douees de sens. Seulement ces deux œuvrcs emploient des moyens d'expression differcnts. Ibsen se sert du dialogue; les Cognard réduisent le langage articulé à quelques calembours stupides et essaient de pénétrer jusqu'à la foule par le dccor, par le signe matericl et Yisible des choses. C'est l'assaut de l'esprit par l'oreille ou bien par les yeux. Je choisis par exemple un tableau de la Bic/Je, le mariage du Cornichon et de la Tomate ... Ici l'on m'arrête; on me fait observer qu'il est idiot de marier un cornichon et une tomate; qu'une pareille alliance ne se voit guere au cours ordinaire de la vie; qu'elle est dénuée de signification; et l'on me demande: pourquoi ces choses et non d'autrcs?En verité, je ne sais que répondre, sinon que la fantaisie souveraine de l'auteur les a Youlues, et, derrière les maries Cornichon et Tomate, je regarde s'avancer le cortège nuptial, haricots ventrus, pommes de terre difformes, asperges géantes, devant un chou pour maire et un salsifis pour témoin. Et, tout en contemplant ce spectacle, je me rappelle soudain, de la façon la plus imprérne, des Yers de Victor Hugo, des vers panthéistes qui lui furent peut-être inconsciemment inspirés par cette grotesque féerie de la Bic/Jeau bois; oui, je songe à une poésie, l'Eglise, de la Cbansondesrues et des bois. Le poète se promenc à travers la Nature : comme les Cognard, il y voit une église : C'~tait l'êglise en fleurs, b:î.tie Sans pierre, au fond du bois mouvant, P.1r l'aubépine et par l'ortie Avec des feuilles et du vent, •
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