La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS 7 51 essaya de mettre en contradiction l'ancien ministre de l'instruction publique avec ses opinions de 1886. La réponse de ce dernier fut vigoureuse ; car M. Goblet lut une circulaire adressée par lui aux préfets le 3 décembre 1886 qui affirmait nettement le droit des préfets et de l'État de laïciser. La premicre partie de la motion Millerand, affirmant le droit du gouvernernent de procéder sans délai à la laïcisation des écoles de filles, fut votée par 454 voix contre 91. - La deuxième partie fut modifiée de la façon suivante par son auteur: « invite le gouvernement à achever cette laïcisation dans le délai de deux ans pour les communes qui· ne tombent pas sous l'application de l'article 67 de la loi du 30 octobre 1886 et dans le plus bref délai pour les autres. » Millerand établissait une juste distinction entre les communes qui, propriétaires de leur école, peuvent être l'objet d'une mesure de laïcisation immédiate, et celles qui, tenant leurs locaux scolaires d'un donateur quelconque, doivent se conformer aux désirs du donateur et par suite, en cas de volonté opposée formellement exprimée, ne pourraient laïciser leur personnel qu'après la location ou la construction d'un nouveau bàtiment scolaire. Malgré cette défense habile, la deuxième partie de la motion Millerand a été repoussée par 326 voix contre 2 37. Ce dernier vote juge la Chambre. Moralement, c'est déjà du jésuitisme : admettre un principe, mais en repousser l'application, le déclarer excellent à condition qu'on ne le mette pas en pratique, c'est allier, dans <le délicates proportions, l'hypocrisie au charlatanisme. Au point de vue politique, ce nouvel acte de complicité cléricale confirme et achève le vaste abus de confiance q n'est l'histoire entière de l'opportunisme. Ces faillis de la République, après tant de faux matériels et moraux, après avoir prostitué l'idéal républicain en tant de fréquentations suspectes d'escrocs, de filles et de financiers, en sont venus à la honte dernière. Ils finissent en cléricaux! Nous terminons cet article à l'annonce des noÙveaux événements de CarmaL,x, des nouvelles illégalités commises là-bas pour empêcher Jaurès de parler, de l'arrestation arbitraire de Chauvin et de sa mise en liberté ordonnée par la Chambre. Que n'a-t-elle du même coup jeté le ministère à la place laissée libre par Chauvin ? A. DELON . •

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