La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA QUESTION SOCIALE DEVA, T LES CORPS ÉLUS 747 au ministérc, fort mal disposé à l'égard du projet de loi, et qui eût bien voulu qu'on votât le renvoi à la commission. Mais cette courte ruade fut sans lendemain. Réveil d'indépendance fictive, vainc parade de sentiments démocratiques, républicanisme de tréteaux! On en eut la preuve lorsque, aprés le vote solennel de la loi, M. Jourdan (du Var) demanda au gouvernement quelle attitude il prendrait devant le Sénat, à l'occasion de l'ap!Jlication de cette réforme. Il s'agissait de savoir si ce projet irait, à côté de tant d'autres, dormir d'un éternel sommeil dans les catacombes sénatoriales ou si le gouvernement userait de toute son autorité sur le Sénat pour le vote prompt du projet et son application aux élections de janvier. Le gouvernement refusa de prendre aucun engagement à ce sujet. Et la Chambre a approuvé cc refus par 3r r voix contre 241. Puis survient une autre forme de la corruption capitaliste et bourgeoise, l'affaire Dreyfus. Le r8 novembre, M. Castelin interpelle le gouvernement à ce snjet et il lui demande quelles mesures il compte prendre contre ceux qui ont tenté de corrompre les officiers mêlés à cette affaire; contre ceux qui ont remis à Bernard Lazare des documents secrets et contre Bernard Lazare lui-même. Castelin nous apprend dans son interpellation des faits intéressants au sujet de la campagne menée par la haute juiverie en faveur de Dreyfus, et des tentatives et des craintes d'évasion. L'ordre du jour présenté par l'interpellateur fut voté à la presque unanimité. Il est néanmoins bien probable que ces mystéres resteront obscurs comme ceux du Panama. La puissance de l'argent triomphera encore, et un beau jour Dreyfus s'en ira paisiblement vivre à l'étranger du fruit de ses laborieuses économies. L'événement, peut-être capital de la session, a été le discours merveilleux de discrétion, de prudence, de haute correction, par lequel Millerand a demandé au gouvernement (séance du 21 novembre) « s'il existe entre la France et la Russie àes accords particuliers : convention militaire, simple mémorandum ou traité, quelle en est l'étendue, quelle en est la portée ». Ce remarquable discours dit tout ce qui devait être dit : « La paix sans doute travaille en notre faveur, et c'est « pourquoi - il sera permis à un socialiste de le constater en passant- << il est si souverainement injuste à certains de nos adversaires de criti- « quer, au point de vue patriotique, l'action internationale de notre parti; « car, en avivant au delà des frontiéres les sympathies particuliéres que << la France révolutionnaire et libératrice y a laissées, nous ne travaillons « pas seulement pour le triomphe des idées qui nous sont chéres, nous « suscitons contre les velléités ambitieuses et guerriéres de ministres « mégalomanes ou de souverains agités les résistances d'un esprit public « gagné à la cause de la paix.>>La sympathie si vantée et déjà ancienne des deux peuples l'un pour l'autre n'a jamais empêché la Russie de

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