La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS 7 41 « M. Charles Dupuy semble, monsieur le ministre de l'intérieur, ce matin même, reconnaître sa politique dans la vôtre; et, par un étrange oubli 1:lesdisgrâces passées et des subtiles malices par lesquelles un jour vous avez arrêté sa carrière ministérielle, il s'est offert à vous protéger, il s'est complaisamment reconnu en vous; mais prenez garde ! En vous avouant, il vous acheve; sur vous, comme sur lui, c'est la même marque de réaction, et, sachez-le bien, elle est mortelle ! » Il est surtout intéressant de résumer le discours démonstratif de Millerand pour comprendre le sans-gêne supérieur de MM. les opportuno-cléricaux a l'égard de la sainte majesté de la loi. Ces messieurs sont d'excellents professeurs d'illégalités et de violences! Qu'ils craignent d'avoir formé de trop bons élèves! Millerand prouve, en effet, qu'on viole la loi municipale, qui ne permet pas d'enlever a un maire la direction de la police sans l'avoir mis au préalable en demeure de prendre les mesures que le préfet juge nécessaires au maintien de l'ordre. On oublie en même temps les règles de la courtoisie la plus simple en n'avertissant même pas ce maire de la mesure prise contre lui. Mais nous voici à Carmaux. Les verriers fideles à Rességuier sont munis de sifflets distribués la veille dans l'usine. Ils s'en servent, protégés par les grilles de la verrerie et la bienveillance très agissante de la gendarmerie. En face, à l'hôtel Malaterre, se trouvent réunis cent cinquante socialistes qui, munis d'une fanfare, répondent aux sifflets par la Carmag11ole. La gendarmeriè pénètre dans l'hôtel Malaterre, saisit les instruments de musique .: double violation des lois, car la force armée n'a point le droit de faire irrupti~n dans un domicile privé sans en avoir été f'equise et sans mandat. D'autre part, on ne peut interdire la Carmag11ole qui n'est point un chant illicite. Voilà donc un deuxième acte de dédain a l'égard de la stricte légalité. Puis, le cortège socialiste s'engage dans la ville, au milieu d'une population sympathique, enthousiaste. Il faut empêcher cette manifestation et faire croire que Carmaux est revenu a l'opportuno-réaction; le moyen est simple : on se jette au galop sur la foule, on renYerse, on piétine hommes, femmes et vieillards, afin de séparer les manifestants pacifiques de la cohorte sociaHste. Ces violences, niées par M. Barthou, malgré l'unanime témoignage de députés présents, constituent une transgression de la loi de 1849 qui interdit les charges sans les sommations préalables. Voilà la troisième violation. Dans la réunion même, lorsque, les premières rumeurs apaisées, Jaures commenc:e à faire entendre sa parole, au moment oü il va être enfin vainqueur par la force de l'évidence, de la loyauté et du talent,

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