La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE parti républicain. Le résultat du débat est connu. La Chambre a approuYé la violation des lois, des rares et vacillantes lois républicaines qui furent votées il y a dix ans. La discussion commença par un exposé des faits, clair, précis, modéré de ton : Jaures dut contenir sa colére, parce que, précisément, c'était de lui surtout qu'il s'agissait, de sa personne menacée par l'inouïe brutalité des charges, de son influence et de son autorité morales que l'on bat en brcche avec une rage désespérée. Il sut, par une sorte de Yictoire superbe, de domination de lui-même, dépersonnaliser le débat et l'éleYer a la hauteur d'une discussion de principe. Outre le récit des illegalités commises, sur lesquelles Millerand et Goblet \'Ont soutenir tout à l'heure une discussion strictement judiciaire à la confusion du ministre de l'intérieur, Jaures montre bien les manœuvres preparatoires longuement machinées pour exaspérer les haines et irriter les intérêts lesés par le départ des verriers pour Albi. C'est ainsi qu'opcrent les gens qui reprochent aux socialistes d'être des prédicateurs de "haine et les théoriciens approbateurs de la lutte des classes. Ils savaient bien que conseiller aux verriers de construire leur usine a Carmaux, c'était leur donner un conseil de ruine et que, par suite, Jaures et les socialistes, en sacrifiant momentanement leurs intérêts politiques, commettaient un acte de haute honnêteté, de désintéressement supérieur aux affaires d'une personne et d'un parti. C'est cet acte que l'on exploite contre eux. « Ce sont ceux-là qui ont fait œuvre de démagogues; mais c'étaient des démagogues de gouvernement et à ceux-là tout est permis». Les honnêtes gens ne peuYent qu'approuver cet acte de loyauté. Dùt le parti socialiste en souffrir pour quelques années encore, peu importe! Le peuple reconnaîtra bien les siens, ceux qui ne le trompent pas. Nous ne referons pas le récit de Jaures : on se souvient encore des faits. Notre ami conclut en priant le gouvernement de traiter les républicains socialistes comme l'empire de M. Émile Ollivier traitait les républicains, et en avertissant le ministre de l'intérieur que cette œuvre de réaction systématique est mortelle : « Et M. Barthou me permettra bien de le lui dire. Qu'il prenne garde! Sous des prétel\.tes variés, depuis trois ans, cette politique de compression et dè violence qui semblait d'abord n'être dirigee que contre nous, mais qui, ensuite, par une inévitable contagion, allait frapper à nos côtés d'a~tres républicains et d'autres démocrates, cette politique a été essayée par d'autres : elle a été essayée par M. Casimir Perier; elle a été essayée par M. Charles Dupuy; cela ne leur a point réussi !

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