La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

73o LA RE\'UE SOCIALISTE le jour des mille et une diŒcultés de détail sans cesse re11aissantcs. Hors ces difficultés, ils ne voient rien autre. Sans doute, je ne Yeux point dire que la solution de ces difficultés ne soit pas méritoire, mais encore conYicnt-il de ne pas se laisser par clics barrer l'horizon. Or, c\:st cc qui leur arriYe toujours, quelle que soit Ll'ailleurs leur doctrine. Qu'ils se réclament du libre-échange ou de la protection, les uns comme les autres ne sauraient agrandir leur perspective, et c'est ce qui explique le Jécourage,rnt accuei I fait à cc projet. Il est une autre raison pour laquelle l'idée de M. de !'l[olinari deYait échoucr et échouera encore longtemps, un Bismarck ou un Léon Say seraicnt-ils prêts à la patronner et à la faire leur. Les intérêts qu'elle effraie sont tout-puissants et il n'cst pas de pouYoir fort qui résiste .rnx intérêts possédants alarmés. Les classes possédantes actuelles ont un horizon intdlectucl encore plus borné que celui des gouYernants et une compréhension de leurs intérèts si étroite qu'elles sont incapables de prcvenir et de dcYancer leurs besoins, seul stimulant par lequel clics soient nrncs. Dans leur conception mesquine de la fonction sociale qu'elles remplissent, le marche intérieur leur apparait comme leur débouché exclusif. Chacune prétend exploiter à sa guise, sans pré,·oyance ni merci, la masse des prolétaires qui fabriquent les produits.:\ l'exception de l'Angleterre, dont les négociants et les industriels ont une haute opinio11Je la force productiYe de leur pays, les bourgeoisies co11tinentales sont jalouses de s'assurer leurs marchés respectifs transformés en mo11opoles,et on n'est pas près de les g.1gncr •à une idée plus élen!c de l'éYolution cconomique contemporaine. En France, par exemple, l'exposé d'un semblable projet ne manquerait pas de proYoquer les sourires, s'il était fait dans un autre milieu que le monde très fermé des économistes. J'ajoute que, pour ce qui concerne la France, les exclamations qui accueilleraient l'idée de M. de l\[olinari s'expliquent ais<'.:mentpar la décadence industrielle et commerciale à laquelle nous sommes en proie, d<'.:cadenccqui apparaiss:iit à peine en 1876-1885, quand le projet de Zollverein fut conçu, mais qui 6clatc aujourd'hui manifeste, incontestable. Une union francoallemande aboutirait fatalement, si les choses restaient en l'état, si la bourgeoisie française 11csecouait pas sa torpeur, .\ l'élimination rapide de nos classes possédantes, inaptes à suinc le progn'.:s industriel qui prend tous les jours en Allemagne des proportions formjdables. Il suflit, pour s'en convaincre, de j<.:terun coup d'œil sur la série d'article5 récemment publiés par M. Schwob sous ce titre : Le Da11ger allc111a11tl (r). (1) Le Da11ger allm1a11d, par :\laurice Schwob, 1 vol. in-18. - Lcon Chailley, éditeur.

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