La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

REVUE DES REVUES mêmes tarifs pour les grands impôts de consommation, c'est-a-dire pour k tabac, lç sucre, le sel, l'alcool et la bicre ». En principe, toutefois, cette pér<'.:quation ne lui semblait pas absolument impossible. Mais il y a aussi loin du libéralisme économique à sa pratique que de la coupe aux lévres, et finalement Lean Say n'était pas plus encourageant que M. de Bismarck. De Léon Say, M. de Molinari se rejeta sur M. Frcre-Orban, le libéral belge. Celui-ci était partisan d'une union entre la Belgique et la Hollande. Mais cette union entre deux pays jadis politiquement réunis soulnait, parait-il, des difficultés muhiples, et le che[ du parti libéral en était réduit à faire des ,·œux platoniques pour la réalisation de son projet. On comprendra sans peine qu'1 la suite de ces échecs successifs, i\1. de Bismarck ait répondu à une nouYelle démarche par une fin de non recevoir trés polie, mais non moins formelle. Alors M. de Molinari fit appel à l'opinion publique par l'intermédiaire du ]011mal des Déb11/s. Son article eut un certain retentissement, particuliérement en Allemagne et en Suisse, où les industriels et les négociants ctudiérent la question. Il se constitua même en Suisse un comité organisé en YUC de jctcr les bases d'une union franco-suisse. En Allemagne, la même ébauche fut tentée pour une union douaniére austro - allemande. i\!ais la réaction protectionniste se déchaînait déjà aYcc une violence qui allait bientôt emporter tout Yestige de librc-echange et. .. au bout de dix ans, le promoteur de l'union douanicre de l'Europe centrale revient a la charge, reprend sa campagne, interrompue en 1885 par les reYendications du protectionnisme partout victorieux. Sera-t-il plus heureux cette fois, et peut-il espérer entrevoir, sinon la réalisation de son utopie, tout au moins sa propagation, présage d'un succès partiel ou definitif dans un aYenir plus ou moins cloigné ? Nous en doutons fort. Non que le projet soit theoriquement impraticable. Il est si peu chimérique dans ses donnees essentielles qne nous croyons fermement ;'t sa réalisation un jour, mais non par les moyens mis en œuvre par M. de Molinari. A nos yeux, en effet, il est é,·ident que les nations ayant atteint un certain stade de ciYilisation deviennent de plus en plus les provinces d'un État économique nouYeau, créé par le développement même de cette ciYilisation. Mais les conditions sociales existantes au sein de chacune d'elles sont l'obstacle infranchissable qui s'oppose a leur rapprochement définitif. L'utopie de M. de Molinari est de s'être adressé aux hommes d'État, aux representants des classes dirigeantes incapables de le comprendre. Ce qui le prouYe, c'est le caractère misérable des objections qui lui furent faites. Pour M. de Bismarck, pour Léon Say, la politique n'est qu'un expédient permanent, la solution au jour ,

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==