LA REVUE SOCIALISTE JI y :rnra tantôt Yingt ans que ]\1. de Molinari s'l:prit de cc beau projet Lierapprochement économique entre peuples aujourd'hui riYaux sur le marché u11iYerselet que b lutte pour b Yie met aux prises a,·ec plus d'acharnement encore que les reYcndications territoriales. Pour triompher tout de suite du misoncisme incorrigible des foules, ,\I. de lllolinari chercha à rallier à ses projets des hommes d'Êtat puissants, capables, s'ils daignaient s'intéresser à son œuvrc, de la promournir et d'assurer son succl'.:s. « A cette époque, dit-il, M. de Bismarck était l'homme influent entre tous, » c'est donc i lui tout d'abord que, sans embarras, comme sans fausse honte, songea notre économiste. S'ctant procuré une recommandation du prince Orloff, il sollicita le chancdier allemand de le rcceYoir, et une fois l'audience accordce, il lui exposa son plan. \'oici comment l\I. dc,\1olinari résume les objections qui lui furent faites par l'homme d'Êtat prussien : << Il faudrait, me dit-il, d'abord supprimer la guerre. Aussi longtemps que la guerre subsistera, il y aura des douanes. D'ailleurs une union douanil'.:rc n'est possible qu'entre des peuples de même race. l\l<'.:mcentre Allemands, elle ne s'est pas faite sans peine. -]\bis, lui dis-je, si Yous aYez pu rcussir à Yous entendre entre ..-\llcmands, pourquoi ne réussiriez Yous pas a\'CCd'autres? - Il insista ensuite sur les difficultés fiscales et économiques. Il avait confiance dans l'honnètetc des douaniers français et de quelques autres, mais pas dans celle de tous. !I ne croyait pas non plus à la possibilité d'une pcréquation des taxes intérieures : en Allemagne même, on a,·ait été obligé d'adopter un régime douanier special pour les bicrcs et les eaux-de-Yic. Puis les circonstances ne sont pas fa,·orablcs au libre-échange. L'Angleterre clic-même ne tardera pas à être obligce d'y renoncer, sous peine de dcchoir. Enfin, l'union douanière n'aboutirait-elle pas à un blocus continental ? ]\!. de Bismarck insista sur cette idée d'un blocus continental, qui ne paraissait pas d'ailleurs lui dcplairc. Il ajouta toutefois qu'il ne -voulait pas me décourager et que si je pouYais lui portcrà l'appui l'opinion favorable d'un ministre des finances, fût-ce du plus petit des Êtats de la future union, il me promettait de prendre mon projet en sericusc consideration. )) De retour à Paris, i\1. de l\lolinari communiqua le détail de cette co1wcrsation à M. Léon Say, alors ministre des finances. Le représentant des économistes au pouYoir fit à son confrère en libéralisme une série d'objections :\ peu prés identiques:i celles que M. de Bismarck aYaicnt formulees. La pérequation des impèts lui apparaissait comme la pierre d'achoppement du systémc. << Au point de YUC fiscal, disaitil, je ne crois l'union possible que si on adopte les m<'.:mcsbases et les
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