La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE PROnLt~E DE LA SANTt cents ouvriers et ouvril'.:rcs qui, sauf un fort petit nombre, ne connaissent absolument rien a l'horlogerie. Non seulement le traYail moderne conduit à l'anémie et à l'épuisement nen·o-musculairc, mais il cntra\'e également le développement intellectuel et entraine chaque jour da\'antagc la déformation physique de ceux qui l'exécutent. Les maladies causées par l'excès de tra\'ail et l'insuffisance d'alimentation se dc\'cloppcnt d'un•e façon inquiétante. Jamais l'anémie, le purpura, le rachitisme, le scorbut, la scrofulosc, la tuberculose, etc., - affections désignées par tous ks médecins sous k nom caractéristique de 111nlndicdse misère - n'ont fait autant Je victimes que de nos jours (1). * * * La diminution Je la taille des peL,plcs en puissance Je capitalisme fut longtemps contestée à la grande joie des défenseurs des iniquités sociales. Elle ne peut plus l'être aujourd hui. Des économistes comme \'illcrmé, des chimistes comme Liebig, des naturalistes comme Darwin, des anthropologistes comme ~[anounier, etc., l'ont obser\'ée en maints endroits, particulièrement- est-il besoin de le dire? - chez les prolétaires européens. Leurs conclusions méritent d'être citées. Dans son T11ble11d1e1 l'éla/ pbysiq11t' cl 111ùrndl es ouvriers (1839), \'illcnné remarque que cc les hommes àgés de Yingt a Yingt et un ans ont bt'.: trouvés d'autant plus souvent impropres au métier des armcs par leur taille, leur constitution et leur santé, qu'ils appartenaient :i la classe pauvre ... Contre cent hommes que nous supposions aptes au ser\'ic~ militaire, quatrc-\'ingt treize ne l'étaient pas d,rns les classes aisces, et jusqu'à deux cent quarante-trois dans les classes pau\'rcs. » « En général, et dans certaines limites, t'.:crivait, Yingt ans après, Liebig, dans son li\'J'c : La Chimie dans son a/>plicationù l'agric11l/11reet à la pbysiologic (1862), c'est un témoignage en faveur de la bonne Yenue et de la prospérité des êtres organisés quand ils dépassent la taille moyenne de leur espèce. Pour ce qui est de l'homme, sa taille s'amoindrit Ms que sa croissance régulière trou,·e des obstacles dans n'importe quelles circonstances, soit physiques, soit soci,1lcs. Dans tous les pays de l'Europe où règne la conscription, depuis son établis- (1) Il en est de même, .i vrai dire, des malatlits de ricbtrre : cancer, eczéma, acné, herpétisme, ht!morroïdes, arthritisme, goutte, apoplexie, né"rose, asthme, angine de poitrine, diabète, calcul biliaire, gra"elle, etc. Chaque jour, l'une d'elles jette le deuil dans quelque famille opulente et venge ainsi l'ounier expiant, sur un grabat d'hôpital, le crime d'étrc ne prolétaire.

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