La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE PROBLÈME DE LA SANTÉ n'en :i.vaient sous le régne d'Édouard III (1327-77) ou de Henri VI (q22-71) ... Il me parait difficile de ne pas arriver à cette conclusion que ... le journalier est bien moins en état d'entretenir une famille que ses ancêtres ne l'étaient il y a trois ou quatre siècles. » Même opinion chez Henne, Histoire de Clmrles-Quint: « En tenant compte de la valeur actuelle des monnaies ... le salaire de l'ouvrier était bien plus élevé alors (seizième siècle) qu'il ne l'est de nos jours.» Le docteur Meyne n'est pas moins catégorique:« On aime à répéter, dit-il, que les classes inférieures jouissent aujourd'hui de plus de bien-être qu'anciennement. Cette assertion ... est radicalement fausse quant au besoin le plus indispensable de la vie: la nourriture ... La grande majorité des artisans, et même les petits bourgeois aYaient naguère une nourriture bien supérieure à celle de nos jours. » (Cité par L. Bertrand dans son étude sur la Co11ditio1d1estravailleurs.) Hubert-Valleroux, dans les Corporatio11ds'arts et métiers, ne tient pas un autre langage.« Comparé au prix des denrées, le salaire assurait au compagnon du treizième et du quatorzième siècle une vie matérielle plus large que celle de nos ouvriers. » Ainsi donc, de l'aveu même des écri\'ains bourgeois, la condition des ouvriers n'a jamais été plus lamentable que de nos jours. Elle s'est empirée à mesure qu'a augmenté la richesse publique. Peut-on forger un plus terrible argument contre la science économique consen·atrice d'un tel état de choses? Nous ne le pensons pas. * * Jadis les conditions du travail des citadins n'étaient nulle part aussi pénibles que de nos jours. L'homme du peuple traYaillait chez lui au sein d'une atmosph<'.:re relativement saine. Il vivait entouré de sa femme et de ses enfants. Son salaire lui assurait une existence parfois précaire, souvent aisée. Quand apparut la grande industrie, une guerre économique s'engagea, guerre muette, mais terrible. D'un coté, les travailleurs mécai1iques de bois, puis de fer et d'acier, impitoyables, féroces, dévorants. De l'autre, la masse des ouvriers individualistes s'attelant à la besogne du lever du soleil à celui de la lune, redoublant d'efforts, se faisant aider de la femme et des enfants. La lutte fut longue, la défaite cruelle. Il fallut bien abandonner le toit familial et l'air pur du jardin attenant, pour l'enfer industriel à l'atmosphère surchargée de poussière, aux engrenages toujours menaçants. Le salaire, d'abord réduit au strict nécessaire à l'entretien de la famille, cessa bientèt de représenter ce minimum indispensable à la conservation du personnel familial.

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