La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE désaccord, suivit la tactique garibaldienne qui a fait des miracles dans les combats au grand soleil, mais qui aboutit a peu de chose dans l'enceinte du Parlement. L'ordre du jour était de se ruer avec impétuosité sur les hommes. Démolition : voila la devise ; mais pour démolir les institutions, il faut aYoir un programme. Ils ont démoli les hommes ... et le passé est resté. Aucun parti n'a jamais porté plus de courage, d'honnêteté l!t d'é~crgic dans ses luttes désintéressées contre les hommes d'État qui nous régirent avec des mains assez impures; mais, en fin de compte, la Yictoire fut stérile; le parti n'a rien gagné. Il faut l'avouer : tous les efforts de la démocratie se brisèrent contre l'indifférence proYerbiale de notre peuple, que tant de siècles de dominations étrangères et l'épuisement de la misère ont affaibli et corrompu; mais la faute était aussi aux reprcsentants de cc parti prétendu populaire, qui parlait aux foules de la tribune parlementaire, ou, de temps a autre, de l'avant-sccne des thé:\tres, dans les commémorations bruyantes des saints de son calendrier. Regardons les chefs. Felice C1,·alotti, cc poète étincelant, d'une jeunesse toujours prête a entrer en lice pour démasquer les hontes des Rabagas sauveurs de la société et des classiques Verrès, concussionnaires ... et sénateurs, cet infatigable champion de l'idéal a gagné bien des batailles et même la reconnaissance des honnêtes gens de tous les partis, pour l'abnégation qu'il a montrée en tlchant de rcle\'er la moralité politique. La plume et l'éloquence de M. Cavalotti ne sont pas moins dangereuses que la lance d'Achille: ceux qu'elles frappent sont perdus. La dégringolade de Crispi dans la conscience des honnêtes gens date des révélations de Cavalotti; l'honneur d'avoir dévoilé les turpitudes de ce rejeton des Borgia lui revient. Partout où il a passé, son épée a semé la route des cadavres de fripons puissants; mais cela ne suffit pas pour faire vivre un parti. Giovanni Bovio est un philosophe, et, comme la plupart des théoriciens, n'est pas fait pour briller dans le milieu parlementaire. La, le sa,•oir-faire, le sens de l'opportunité valent bien mieux qu'une culture encombrante ramassée dans les livres. De temps a autre, il fait des discours trcs graves en ctonnant le Parlement par ses phrases retentissantes et par son langage apocalyptique. Sa faiblesse, qui est aussi sa force, c'est de parler, comme Iahveh, du Sinaï, entre les nuages et la foudre. Beaucoup de gens le proclamènt profond, parce qu'ils ne l'entendent pas; quelquefois sa profondeur s'exprime en circonlocutions qui ne renferment que des idces d'une banalité désolante. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans le pays ou fleurissent ... la rhéthorique et les académies. Matteo Benoito Imbriani èst avant tout un anti-autrichien et un

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