La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA RE\'UE SOCIALISTE l'enfance (r), la jeunesse et l'àge Yiril de,·iendra de plus· en plus rare. La dur~c moyenne de la Yie se rapprochera sans cesse davantage de sa durée normale, jusqu'à !\:poque - encore cloign6e sans doute, mais dont la yenuc est certaine - oü elles se confondront. II Si le c.1.pitalgarde la for,e, nous serons tous dc"iescl.wes de ses m:1.chinec;,<slièmple~ cartilages rattach.rnt les dents Je fer aux arbres de bronze ou d'acier i si aux Cr.\rgnes rêunics. dJ.llS les coffres des banquiers s'ajoutent sans cesse de nou\·ellcs c.iêpoUJIJcsgêrê-es par des associé~ re5pons.1blcs seulement devant lèurs livres de c."ssc; alors, c'est en \'::tin que \'OUS feriez appel ,\ Lt pitiê, rcrsonnc n'entendra \'OS pl.1.intcs. Le tIgrè peut se détourner de s.1 ,·ictintc, nuis les livres de banque prononcent Jes orrèts sans appd; les hommes, les peuples sont l•cr.1sés sous CèS pesantes archi\'CSdont les pages ~ilencicuses racontent en chiffres l'œu\'rc impitoyable. Si le c.1pital Joit !"emporter, il sera temps de pleurer notre lge d"or; nous pourrons alor~ rcgJrder derrière nous et \'Oir comme une lumiCre qui s'etcint tout ce que l.i terre eut Je doux et Je bon : l'.1mour, la gaitë, l"cspl:r.rnce. L'I lumJ.nitC aur.i cessé Je ,·i\'rc. E. lhcics. Cc qu'il faut à l'homme pour s'assurer une longue \ïC, c'est une alimentation mat~riellc, intcllcctucllc et 1110r,1lcsaine et abondante, c'est-à-dire la richesse, la science et le bonheur. La miscre et l'ignorance, les inquiétudes et les peines sont au contraire des messagcres de la J\lort. Le bicn-C:trc et le grand air, seuls les membres des classes possédantes et dirigeantc.:s pcm·ent en jouir. , (1) Sur cent enfants, il en meurt avant l'.ige d'un an : 10 en Norvi:gc, 12 en !:cosse. 13 en DJncmark et en Suède, 15 en An~leterre, 16 en 13dgique, 18 en Holl.rndc, cn Esp.<gnc et cn France, 19 en Prusse, 23 en Italie, 24 en Suisse, 25 en Hongrie, 26 en Autriche, 2ï en Saxe, 3r en Russie, 3 ~ en 13.l\'ii:re, 36 en \\'ur• l<:mbcrg, etc. En Irl.111Jc, p.,ys Je noire misère, d.rns la première quinz.tine de l.1 naissance, il ne reste ,·iv.rnts que 39 enfants sur 100. J.1Jis, dans les caves de Lille, c'ét.tit bien pis encore. 20,iOO enfants sur 21,000, c'cst-:1-Jire 69 sur iO ou 98. 5ï °/., nous apprend le docteur A. Gossckt, y sont morts avant l'.ige de cinq ans. Victor Hugo n·a pJs ignor.: cet abattoir humain. Témoin son ,·ers vengeur : C.l\'es de Lille, on meurt sou:; ,·os plafonds de pierre! Si L, mort.tlité n'est nulle p.ut au,si êh:vée que chez les enfants, c'est que nulle p.irt la misère ne se fait aussi cruellement sentir. Hugo a écrit : « Qui n'a ,·u que la misère Je l'homme n'.1.rien vu, il faut voir la misère de la femme; qui n'a vu que la mi,èrë Je la femme 11 'a rien vu, il faut voir l.1 misère de l'enfant. 11 Qui oserait Je démentir ?

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