LA RE\'UE SOCIALISTE raisonnée .. \\-cc un sourire un peu moqueur, je lui demandai s'il était allé chercher l'absolution du perc mariste. _ Que ,·eux-tu? fit-il sans embarras. Je ne me sens p:is le tempérament <l'un homme de propag:indc, et d'ailleurs, sauf quelques principes génér.1ux de morale, je ne suis plus sûr Je rien. Comme l'inaction me fait peur et que je ne me sens pas la force ni le courage J'Jgir seul, je me rabats sur cc qui est à ma portée. L'aumônier m'a donné une lettre de recommandation pour un couYcnt. Des mon arriYét: en Fr,rncc, je m'y rendrai et j'y finirai ma Yic, bien tranquillement. - ?--!aistu n'as pas la loi! m'écriai-je. - Je crois bien que je ne l'aurai jamais. Je ne Yais pas m'embarrasser de si peu! Je ne serai pas le seul, Ya. Il me faut une reglc, une disciplini::; oui, c'est ainsi! Je n'ai pas le choix en ce genre. A moins di::me faire rcnrnyer ici, et je t'ai dit que j'étais désormais incapable d'un crime... on, je n'ai pas la foi, et ne l'aurai jamais; mais j'aurai ks œunes,ct cela suffira à m'occuper. Cela me suffit. Je n'entre pas en religion pour faire mon salut dans l'autre monde, mais dans celui-ci. Je compris alors qu'il n'échappait au remords que par l'action, par le don perpétuel de sa personnalité, et que sa conscience le reprendrait des qu'il cesserait de Yi\'rc hors de lui-même. Ma libération sui\'it la sienne de trés près. Elle me causa un sentiment d'effroi analogue à celui que je lui a\'ais rn éprouYer. La solitude serait-clic suffisamment remplie par le traYail de mes bras ? Telle fut la question que je me posai a\'ec angoisse. Ma bonne conduite m'ayait Yalu ma gr:1~e,mais j'étais relégué i perpétuité. La direction pénitentiaire m'accorda la concession à laquelle j'anis droit, et je m'y installai. Cc que j'avais redouté arriYa. A présent, j'étais seul aYec ma conscience. Que pouvais-je contre elle ou sur elle, à peine dégrossi de cœur et d'intelligence que j'étais, et me sent:111tincapable d'acheYer seul l'œune de perfectionnement. J'essayai de me Youer tout entier à mes nouYclles occupations. Je construisis ma case en m'ingéniant à choisir les meilleurs matériaux, en amusant mon esprit par des Mmarches aupres de l'administration afin de les obtenir tels que je les désirais. Quand je me couchais, exténué di::fatigue, croyant a\'oir harassé mon esprit autant que mon corps et ainsi conquis le repos absolu, ma conscience se réYeillait et commençait mon tourment. Mon crime s'installait à mon cheYct et ne me quittait qu'à l'aube. Quoi! c'était cela, être conscient! Je maudissais l'ami funeste qui m':1sait amené à cet état : il n'a\'ait donc ouYcrt les yeux de mon esprit que pour me mieux montrer ma misère; il ne m'ayait donc élevé si haut qui::pour mieux me faire mesurer la profondeur de ma chute!
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