La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LIBÉRÉ Il eut un sourire, resta muet un assez long moment, puis de sa voix toujours ég_ale : - Ce n'est pas moi qui ai commis cc crime, c'est un autre homme. Je tenais donc la vérité. Je m'écriai daris un véritable transport de joie et d'admiration : - Je le savais bien, moi, que tu étais incapable d'une action pareille! Il m'arrêta du geste, sourit de nouveau et dit doucement : - Je veux dire que je ne suis plus l'homme d'autrefois, celui qui a commis l'attentat du café des Deux-Mondes. De même que tu n'es plus l'homme qui a tué la vieille femme de la rue Saint-Martin. Je comprenais enfin et je dcplorais mon enthousiasme, qui l'avait 'forcé i me dire la vérité. Je déplorais aussi qu'il rejetât avec tant de sérénité son crime sur l'homme qu'il avait été naguère. Eh quoi! on pouvait donc oublier i un tel point ce qu'on avait été! Cela me fit une peine incroyable, et je la mis dans le ton avec lequel je lui répondis : - Certainement, je ne suis plus le même homme, car mon crime :11efait souffrir, à présent que je le Yois tel qu'il est. D'ailleurs, tu dois juger par toi-même des tourments qu'un crime fait endurer. Il répondit aYec son impassibilité habituelle: - Oui, je me rends compte de ce que tu dois souffrir, mais pas par moi-même. - Quoi! tu ne regrettes pas ce que tu as fait? - A quoi bon? Ferais-je, ainsi, que cela n'cùt pas été fait? Pourquoi, dés lors, me donner un tourment inutile? - Mais cc tourment, on ne le se donne pas; on le subit, on n'est pas maitre d'y échapper quapd on a une conscience. - Vas-tu dire, parce qu'elle ignore le remords, que je n'ai pas de conscience? dit-il d'un ton de supériorité que je ne lui connaissais pas. Je balbutiai : - Alors, pourquoi ne recommencerais-tu pas? - Parce que je ne vois plus aujourd'hui de la même manière qu'alors. Je hochai la tête, cherchant une explication à ces étranges pa;·oles, et, à tout hasard, je lui répliquai : - Sans doute, tu ne voudrais plus exposer ta liberté ou ta vie. Cette réflexion le fit rire de son rire d'enfant innocent. - Ma foi! dit-il, je peux bien t'avouer que ce n'est pas â cela que, je pensais en te disant que je ne Youdrais pas "recommencer. Cette réponse m'abasourdit autant qu'elle me chagrina. Comment .

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