LIBÉRÉ Celui-ci, ayant pris intérêt au récit du forcat liberé me l'adresse , ' pour que j'en fasse part au public. Laissons donc ce malheureux nous dire les souffrances auxquelles il finit par préférer la mort. I Je meurs, châtié de mon crime par ma conscience, qui connait enfin le remords. AYant d'en Yenir à cette résolution, j'ai souffert tout ce qu'un homme peut endurer, et j'ai lutté de toutes mes forces. N'ayant plus personne à qui rendre compte de mes actes, puisque la société m'a donne quittance de ma dette enYers elle, je puis disparaître sans lâcheté. Je succombe, écrasé par le sentiment du mal de jadis, qui fait mon inutilité présente en m'ôtant toute possibilité d'expiation, et j'exécute enfin le verdict dont une funeste grâce m'épargna les prétendues horreurs. Je ne ferai pas le récit de mon forfait. J'en veux seulement rappeler ceci qu'il fut làche et féroce autant que stupide. A l'audience mes larmes furent feintes et mes regrets simulés. J'avais été stylé par mon avocat; il m'aYait apporté lui-même le mouchoir propre qui devait figurer dans la mise en scéne de sa plaidoirie et indiqué les passages ou je devais le porter à mes yeux a\·ec tous les signes extérieurs du repentir. Cette petite comédie m'ayait fort égayé, quand nous l'avions répétée dans la cellule de la Conciergerie. J'étais sans doute un mauYais comédien, sans doute aussi l'avocat général connaissait ce simulacre. Il railla impitoyablement mon jeu et me déclara incapable d'aucune émotion saine. Comme il se piquait de science moderne, il me déclara un être « amoral» et, bien qu'il ne niât point mon irresponsabilité, il demanda ma tête au jury. Je l'entends encore ... « Cet individu n'appartient pas à l'humanité, dit-il. Dans son crime, il n'a obéi qu'aux impulsions purement animales du primitif et du carnassier. Depuis, il a fait preuve d'une insensibilité qui serait revoltante, si elle ne dénotait l'absence totale de la conscience. J'entends déjà l'honorable défenseur s'écrier que les inconscients appartiennent i l'aliéniste et non au bourreau. En parlant ainsi, il fera son devoir. Mais je fais également le mien en vous adjurant de supprimer un êtr; incurablement malfaisant. Ah ! messieurs, s'il m'était permis de réformer notre code, ce n'est pas à l'assassinat en soi que j'appliquerais la peine capitale; je voudrais que les cl~mences de la loi, les plus larges clémences pussent s'exercer en faveur des criminels reconnus assez conscients pour trouver en eux-mêmes et rien qu'en eux-mêmes les sanctions de leurs actes et assez responsables pour offrir à la société les volontaires expiations qu'elle pourrait
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