LE RÉALISME SOCIALISTE ET L'IDÉE DU DROIT 67 I l'apôtre qui aspire à la justice, ne veulent point rester attaches au sombre rivage, qu'attristent les conflits de la bête. Ils s'élancent, glorieuse avant-garde, au delà du 1.nondc des faits qui les enserre et les tyrannise. Leur tune a des reflets d'infini qui l'attirent Ycrs le centre; mystérieux où est l'idée créatric~; ils le fixent comme l'aigle fixe le Soleil, ils voudraient s'y plonger tout entiers. Ils n'y n.'.:unissent point; parfois il nous en coûtera d'avoir ncgligé, pour suivre les fantaisies de leur imagination séduisante, des tàchcs pins positives, indispensables, dont il fallait s'acquitter avant tout. Cependant ils nous rapportent de leurs explorations téméraires de chaudes lumières, de grandioses inspirations, qui constituent le plus. clair de notre richesse intellectuelle et morale. C'est ainsi que l'idée du droit a progresse. Et on nous dira maintenant qu'elle est usée, impuissante, utopique! Non! clic était étroite c:t mesquine : clic s'est élargie, elle s'est humanisee. Elle végetait dans les esprits d'une minorité d'élus, tandis que dans la pratique clic etait accaparec par des privilégiés qui la travestissa icnt. Voici une phase nouvelle; la grande idée est descendue dans l:i. conscience des peuples qui veulent en donner eux-mêmes la clefinition. Les dieux ont menti : silence aux dieux! Les rois ont abusé : arriérc les rois! Les aristocraties, les oligarchies de toute sorte trompent, exploitent, etouflent : clics sont condamnecs. Du jour oü les hommes, trop faibles isolément, se sont groupes en socictes, les intérêts en lutte se sont aperçus qu'ils ne· pouvaient trouver en eux-mêmes une base d'ordre gênerai acceptée par tous. Ils ont eu recours à une idce supcricure à l'intérêt, ils ont essayé de mettre un droit au-dessus de la force. Ils n'y ont que trcs peu réussi; il ne leur fallait qu'un droit incomplet, défiguré, limite au cercle où se déployaient leurs activités inconciliables, leurs erreurs et leurs passions. Mais l'exemple était donné; les hommes ne se sont point arrêtes à ces premières tentatives, le droit a pris racine dans les consciences; on a eu beau l'y refouler, il n'a jamais désarmé devant la force. Il n'y a pas seulement l'ordre physique, il n'y a pas seulement la lutte pour la vie, ·il y a aussi l'ordremoral, il y a la luttepour lnjustice. Les hommes n'ont pas seulement besoin de pain, ils ont aussi besoin de liberté. L'homme arrivé au dernier degre de la conscience, l'histoire nous en fournit des preuves nombreuses, refuse de manger, si on n'a pas d'autre pain à lui offrir que celui de l'esclavage. Le voilà le problème tout entier! La voila la question sociale! Aujourd'hui, les termes qui la posent sont au complet, fhmboyants comme la foudre, sur la première page du livre que va écrire
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