La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE contredisant sans cesse. L'erreur continuera d'être partout et tronera opiniâtrement, mais non sans subir de terribles, d'irrcparables défaites. fi ne se trouvera aucun Hercule libérateur, assez fort, pour aller dans son antre cgorgcr le monstre à mille têtes, mais, par toutes les ca,·crnes sinueuses qui conduisent à la funébre retraite, résonne sur les parois lczardccs la hache des assaillants. L'ancien esclavage, puis le scn·age, la féodalité, !'Inquisition, la royauté de droit divin, la traite des négres, b corvée et d'autres institutions iniques et cruelles, qui ont eu la vie bien dure, ont fini par deYcnir impossibles désormais. L'idée du Droit plus rationnelle, plus humaine, s'introduit partout, souléYc les esprits, envahit le monde. Sans doute, elle apparait avec de nounllcs incarnations de la Force, mais d'une force dont la brutalité physique se trouve corrigée, domptée. Que l'idée du Droit tâtonne et s'égare trop souYcnt, rien n'est plus vrai; mais la condamner d'une façon absolue, c'est arracher le cœur même de l'humanité. Cc q~1iest certain, c'est que si Karl Marx ne l'a pas détruite, comme peut-être il l'a cru, il lui a rendu un grand service, en la replaçant vigoureusement au centre de la réalité et en rappelant aux socialistes que l'homme porte sur ses épaules de lourds fardeaux, avcc lesquels il lui est impossible de s'élancer vers les hauteurs. Il a eu raison de dire : « Sois fort, toi qui es faible; les lamentations sont inutiles; ne parle plus pour affirmer ton droit, tant que ta force ne sera pas là, prête à l'action. » Si on allait au delà de cette pensée, cc serait une erreur grosse des plus funestes conséquences. Si l'on persistait à repousser l'idée du Droit, parce qu'elle est métaphysique, parce qu'elle est une sentimentalité imprécise, qui n'a point de base certaine et visible dans le monde <les faits, c'est comme si l'on repoussait toutes les sciences morales et toute la littérature, parce que leur domaine si Yastc est pourtant limité par le désert inexploré ot'.i commence l'infini. L'infini contient le fini, comme l'idéal contient le réel. L'idée <lu Droit n'est qu'une divination de la pensée intime de la Nature, due à l'observation de toutes les agitations de l'histoire, de tout le travail multiforme et de toutes les évolutions politiques, sociales, religieuses et juridiques des sociétés humaines, sans cesse à l'œuvrc pour accomplir leur destinée. La réalité ne fait que partager en étapes mesurables le champ d'action de l'humanité, mais cc champ d'action, nul ne peut l'embrasser tout entier. On le sait et pourtant on s'efforce d'en embrasser beaucoup plus qu'on ne peut; voilà pourquoi l'idéalisme manque trop souvent de point d'appui et se perd dans l'inconnu. Cc n'est pas son principe qui le trompe, ce sont ses forces. L'artiste qui recherche le beau, le philosophe quia soif de vérité,

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