La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE RÈALIS~IE SOCIALISTE ET L'IDEE DU DROIT 669 bien que trcs défectueux, impose ù nos lois et ù notre conduite privce une rnoyc1rnc d'honnêtctc, dont il n'est pas permis de s'ccarter. Karl Marx, qui veut aller plus loin et réformer radicalement la force et l'égoïsme, manque cYidcmmcnt de respect ù ces deux. puissances. Ce n'est pas un vrai physiocrate. li a Youlu être un rnaterialiste rigoureux; mais dcrricrc son fatalisme et son objectivisme se cache l'idee, sans laquelle du reste on n'aboutirait à rien. Cette idée, ce n'est certes pas la seule contemplation du jeu des forces et des intérêts qui pou\·ait la lui donner. Il a dû s'élever plus haut, bien plus haut. II I Toutes ces merveilles de dialectique ont eu. leur utilité; mais rien ne saurait préYaloir contre une bonne grosse Yérité, qui n'a point d'allures scientifiques et qui est celle-ci : le socialisme ne peut pas aYoir simplement pour but de substituer un fait à un autre, de transformer des forces, de réglementer des intérèts. S'il étudie la loi physique, il se préoccupe aussi de la loi morale, il fouille la conscience, la réveille, la redresse. Il répcte avec plus d'éclat et de sonorité les cris d'indignation et les appels :'t la justice, poussés depuis l!Cs sil'.:clcs par toutes les victimes de l'oppression, par tous les Yaincus rejetés, foulés aux pieds. Il fait appel au sentiment de l'homme, beaucoup plus encore qu'a son intérêt. Et comme il voit que les Sociétés humaines n'ont jamais pu vine, d'une vie douloureuse et tourmentée, qu'a l'aide d'essais d'ordre où l'on faussait toutes les notions du droit et du deYoir, mais oü ces notions subsistaient au fond des choses, comme pour rendre hommage a un besoin inné de justice, le socialisme repren_d cette notion, cette inlassable invocation a l'harmonie finale, a la paix suprême, qui ont vainen1f'nt fait soupirer tous les peuples, tous les apôtres. Et il ravive la flamme vacillante de la veilleuse qui persiste quand même, au chcYct de l'éternel supplicié, dont la patte velue des bêtes féroces n'a jamais pu étouffer les gémissements. Quand les forts commandent de croire, de se résigner et d'obéir, il leur répond qu'il ne se soumettra qu'à la justice et qu'il demandera à tout pouvoir humain, quel qu'il soit, la raison de son droit, l'origine et le but de sa maitrise. S'il n'y découvre qu'égoïsmc, mensonge et perfidie, s'il n'y voit pour les masses tnchaînécs qu'une forme d'csclava·ge, sa protestation indomptable drn:cra jusqu'a la fin. Il y aura du coté du peuple des révoltes vaincues, du sang versé à flots. Dn coté de ceux qui parlent a l'esprit, il y aura des bibliothéq ues d'œuvrcs cherchant la vérité, par tous les chemins 11011 interdits, et s'y

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