668 LA REVUE SOCIALISTE toire qu'il avait adoptée que Karl Marx ne veut YOir que des forces et des intércts. Il découvre aussi des ruptures d'équilibre, des désordres, des souffrances causées par cet état de choses inharmoniquc, en réalité cc qu'on appelle communément des injustices. Et il est facile de comprendre qu'il en est aussi indigné que s'il croyait à une justice idéale. Et alors? Que signifie tout cet objectiYismc? Un nai physiocr:itc ne se soucie pas des souffrances imposées à une c:itégoric d'hommes p:ir les autres. Il ne voit aucun inco1wénient a cc qu'il y ait dans la socictc des défauts d'équilibre et d'organisation; au contraire, il les explique et les justifie comme des accidents d'u·ne lutte fatale, acharnée, à laquelle l'humanité a dù se livrer parce qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Qu'il y ait des maîtres et des serviteurs, des exploiteurs c.t des exploités, des forces écrasantes et des faiblesses piétinées, il ne fait guérc attention à ces détails secondaires. C'est ainsi que l'ordre s'établit, que se crée l:i richesse, que se développe la ci\·ilisation; il faut en prendre son parti. La science moderne, aussi froide, aussi implacable, est venue au secours des économistes; clic a lumineusement démontré comment la lutte pour la vie est une loi fondamentale, inéluctable, comment la sélection oppose irrémédiablement les indiYidus les uns aux autres, fait triompher les plus aptes, les mieux adaptés au milieu, et élimine les autres. Des socialistes ont bien cherché à accoler à leurs principes le féroce dictame de la science et à se faire croire à eux-mêmes qu'ils étaient les plus :iptcs, les plus forts; mais on leur démontre tous les jours que cc sont là de vaines prétentions. Les savants sur lesquels on Youlait s'appuyer n'ont pas été les derniers à combattre ces prétentions. Herbert Spencer, Haeckel, Virchow ont dit leur fait aux socialistes ignorants et les ont rejetés du cotl'.:des moins aptes, de ceux qui ne sont bons qu'à être éliminés. Et encore, ces sa\'ants-là sont-ils des braves gens qui ne prononcent point de condamnations trop absolues, qui font des traités d'éducation, qui ,·culent :iml'.:liorer la mentalité populaire, créer des instituts de préYOpncc. Cc ne sont pas de nais physiocrates, eux non plus. Tous transigent. La vérité physiocratiquc est pourtant fort simple. La Force qui n'est que la Force ne peut pas s'humaniser, elle est insensible, bestiale, cruelle. Les égoïsmes qui ne sont que des égoïsmes ne fraternisent pas, ils sont strictcrnrnt personnels, impitoyables, irréductibles. C'est sur ces jolies choses-là que l'ordre social actuel est basé tout entier, précisément parce qu'il est physiocratiquc. Si dans la pratique il y entre des atténuations, clics proviennent de notre état moral, qui,
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