La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

666 LA )(EVUE SOCIALISTE abus, des crimes, s'il trompe, Yole, exploite les autres, c'est parce que sa nature particulic:re le prédispose à agir ainsi et qu'il juge que toutes c,~s actions, nuisibles,\ d'autres, lui sont profitables, à lui. De quel droit viendra-t-on lui donner des leçons? quel intérêt individuel est plus respectable que le sien? Il se moquera d'une morale de convention, de ceux qui Lt lui prêcbcront et de ceux qui voudront la défendre par la force, au nom d'un soi-disant intérêt général, comme il se moque aujourd'hui de la morale métaphysique et de ses redressements ultraterrestrcs. Il n'y a que des forces et pas de droits, des intérêts et pas de principes; par conséquent, chacun fait de sa force l'usage qui lui plaît. :\u nom de qui et de quoi courbera-t-on sous un même niYeau tous les égoïsmes récalcitrants? Oü le prcndra-t-on, cc niYcau, et qui le fera fonctionner au-dessus d'une collection d'individus tellement inégaux, que leur inégalité Ya du crctinismc au génie? Jusqu'ici, les instincts animaux ont toujours dominé la loi morale, malgré toutes les religions et tous les gouvernements, malgré les sages et leurs bons avis, malgré les superstitions et les théocraties armées du glaive. N'ayons-nous rien de mieux à faire que de nous fier cntii'.:remcnt au libre jeu de ces instincts, qui ont fait de toutes les sociétés passées et présentes des cavernes de brigands? Supposer que l'égoïsme humain deviendra raisonnable, modéré, équitable, parce qu'il sera transporté dans une société collectiYiste, c'est bien l'affirmation la plus hardie et la moins prouvable qu'un rfformatcur ait jamais risquee. Karl Marx s'est-il donc trompé? Non. Seulement, comme il voulait rester sur le terrain des faits, définir des interèts, mesurer des forces, il a volontairement efface cc qui n'était en lui qu'une intuition, une sorte de foi. Il voulait prendre l't'·conomic politique à bras-le-corps et la terrasser. Il y a réussi par sa critique de la société actuelle; mais son plan de la société future n'est qu'une simple esquisse, sur laquelle il n'insiste pas trop. Comme tous ks autres socialistes, Karl Marx n'avait et ne pouvait avoir qu'une conception théorique génerale de la société future et, comme il ne Youlait pas faire d'idéalisme, il s'est arrêté là. Son idée planait sur les faits, mais il n'était pas homme à en abuser. i\!aintcnant, supposons qu'il ne l'eût pas eue, cette idée, et qu'il n'eût été, comme on le prétend, qu'un savant impartial, purement objectif, suiYant, sans autre but que celui de savoir, le fi_! de son analyse froide, impeccable, insensible. Eh bien, il est inutile de sophistiquer; dans cc cas, Karl Marx n'aurait pas abouti au collccti-

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