LE RÉALISME SOCIALISTE ET L'IDEE DU DROIT 665 intuitions; mais il n'en est pas moins un idcalistc, tout comme les poctcs et les apotrçs qu'il dcdaignc. Car, il n'y a pas d'explication à priori d'un monde ,\ Ycnir qui puisse être aussi dcmonstrativc que le fait lui-même. Il n'y a pas et il ne peut pas y aYoir <l'expose de cc genre, où l'on ait tout prcYu, et qui ne puisse être en panic dcrangc par des circonstances inattendues. Enfin, il n'y a pas en philosophie sociale, aussi bien qu'en cconomic sociale, si physiocratiquc qu'on la voudra, de données qui ne soient susceptibles d'interprétations très diYcrses, en apparence cgalemcnt positives, également probantes. Il n'y a pas lieu de s'effrayer de ces oppositions, qui ne peuvent disparaitre qu'a,·cc le temps et l'expérience. On spécule a\·cc <les faits aussi bien qu'aycc des idées et, dans l'un et l'autre cas, il est impossible de dégager une Yérité, qui n'est que prérne, prophétisec, <les influences trompeuses du présent. Par exemple, Karl i\larx, n'apcrccYant pas d'autre mobile aux actions des hommes que l'intérêt, ne Yoyant pas dans l'humanité d'autres éléments de révolution que les forces aux prises, se heurte contre son propre principe, auquel il attribue une élasticité, une malléabilité dont il n'est pas susceptible. Les cgoïsmes qui s'associent, les forces qui se coalisent pour faire la reforme sociale pourraient bien finalement se fondre, en vertu de leur caractére propre et de leur impulsion initiale, qui n'admet pas les forces morales, en une gigantesq uc et désastreuse ilIusion. Sous l'empire de circonstances majeures, les intérêts personnels peuvent bien s'unir entre eux, m:1is cette union a le caractcre d'un effort, d'un sacrifice, tout au moins <l'une transaction; clic disparait aYcc les circonstances qui l'ont fait naitre. L'intcrêt priYc, dominant toute la nou\'ellc conception sociale aussi bien que l'ancienne, ne saur.1it pas plus que l'ancienne s'embarrasser <ledroits, de deYoirs, ni même de conventions et de rcglcmcnts imposant à chacun des droits et des devoirs factices, qu'aucune morale, aucune foi, aucune religion ne pourrait dcfinir. L'homme qui n'a pas d'autre loi qtic son intérêt personnel ne se dcvouc pas, ne s'incline pas, n'obéit pas. Il fait ou veut faire cc que bon lui semble. Cc n'est pas son intérêt qui pourra le faire tenir tranquille à la place qui lui aura été assignée dans la collectivité; car il est le seul juge de cc que son intérêt exige. Nul que lui ne connait bien ses ambitions, ses aspirations; nul n'a le droit d'endiguer le débordement de sa passionnalité ou le développement de ses facultés personnelles. Tout être eprouvc le besoin de s'affirmer et d'agir comme il l'entend, qu'il en soit digne ou non, quel que soit son état d'âme, pour se procurer le genre de bonheur qui lui plaît. S'il commet des
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