66--1 LA REVUE SOCIALISTE que nous appelons l'idée dans la ature, ne serait pas au fond la même chose que cc que Kant appelait le noumène. Même, quand _Herbert Spencer nous dit : « le domaine de la science est le réel, non l'idéal», nous ne nous insurgeons que si la science ou plutôt ses représentants, trop pressés de classer et de definir, sortent du domaine des pures constatations, pour nous imposer des synthèses et des conclusions. Non, nous ne f.1iso11spas de dissertations philosophiques. ]\ous nous bornons à faire obsen·er que (11/(/lysirlesfaits, sans YOiren même temps les idées, c\:st regarder avec une lunette double, dont on a Yolontairemcnt obstrué l'un des côtes. Certainement, l'idée n'est completement appréciable qu'au moyen du fait dans lequel elle s'cxteriorise; mais quand un être est dcYenu assez conscient pour se préoccuper de la raison de son existence, observer le monde, le scruter, le mesurer, lui demander sa loi et son but, comme c'est le cas pour l'homme, il se produit un phenoméne qui a <'.:teaperçu plus ou moins clairement par la plupart des philosophes. L'homme prcvoit, pressent, il \·eut YOir arriver les événements et influer sur eux. Il gravit des collines abruptes et inégales, d'où il a une vision incomplète de l'univers; mais il voit assez de choses pour que sa pensée inquicte en déduise plus ou moins logiquement celles qu'il ne YOitpas. Si chaque effort pour trouver la Yérité le fait trébucher dans l'erreur, il faut pourtant observer que sa pensée accompagne la marche des cl,oses et exprime souvent, en images et en raisonnements, non seulement les futuritions visibles, mais aussi celles qui ne le sont pas encore. Il ne déconne point l'ordre général, seulement il en perçoit ç:\ et là des fragments. C'est pour cela qu'à chaque stade de l'évolution correspond une somme d'idecs, de connaissances, un état des esprits et des mœurs, qui donne, en même temps que les faits politiques et sociaux qui en sont le corollaire, la mesure exacte du degré de civilisation atteint par l'humanité à telle ou telle époque. Cet état éthique et psychologique de la société, on peut le YOir et l'analyser, tout aussi bien que l'ctat physique. Les idées vont donc de pair avec les faits. Les idées finissent même par précéder les faits et par les annoncer. Les progrés de la science, ceux même de l'art, la puissance toujours croissante de la pensée transforment peu à peu en méthodes positives les anciens moyens d'investigation de la destinée humaine. Les procédés d'étude et d'analyse toujours plus pénétrants, affluant sous sa main, mettent de plus en plus l'homme en mesure de préparer l'avenir. Karl Marx lui-même n'a pas fait autre chose. Ses raisonnements sont plus concrets, mieux étayés. Trop souYent, ceux de ses préd~csseurs s_ontvagues et ressemblent à de simples
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