La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE RÉALISME SOCIALISTE ET L'IDÉE DU DROIT 66 3 Dans le monde de la vie, tout fait étant lié à une intention, accusant une tendance,·un but, on ne peut pas faire abstraction de l'idée. C'est dans -cc sens qu'on a pu <lire que les faits sont la forme des idées. Prétendre que les faits pn'.:cédent les idées serait engager une dispute absurde, qui se perdrait dans une métaphysique inutile. Peu importe que l'œuf ait précédé la poule ou que ce soit le contraire. L'idée nous apparaît aussi bien que le fait, voila l'essentiel. Par exemple, une coquille d'huitre est un simple morceau de carbonate de chaux, mais un morceau dont les molécules sont groupées dans un certain ordre. Il y a mille autres cas où le carbonate de chaux formera des objets tout différents. La thforic des affinités chi- • miques ne suffit p:1s à donner raison de cette diversité de plans, de cette multiplicité d'idées, qui se realiscnt successivement au cours de l'évolution des êtres et des choses. Ainsi, un chêne et un marronnier sont composés des mêmes éléments physico-chimiques et ont les mêmes relations avec le milieu ambiant. Pourtant, ils ont une forme différente et chacun produit son fruit particulier. L'un et l'autre obéissent à une loi qui leur est spéciale; le gland et le marron en renferment le principe actif, qui, mis en œunc, va obliger tous les éléments du milieu à se soumettre aussi à cette loi._et les rassembler dans l'ordre voulu par elle. Il y a donc autre chose que de simples rapports physiques, que des actions et des réactions des éléments du milieu, il y a une idée qui agit et qui s'impose. L'id<'.:eest partout et dans tous les temps, elle se complète, grandit, évolue aYcc les faits. Impossible de saisir la Nature dans un moment où elle nous apparaitra sans but, c'est-à-dire sans idées. A son point de départ (en prenant le mot dans le sens relatif que nous pouvons comprendre) elle aYait en puissance le plan et l'idée de toutes ses créations futures, comme elle en aYait les gtrmes et les éléments que ces germes devaient s'approprier dans leur dé\-eloppcment. Une nébuleuse contient nécessairement toutes les embryogénies, qui y sont pour ainsi dire semées, comme dans une terre qui doit avec elles arriver graduellement à une formation définitive, accomplir sa destinée. Autrement, avec quoi, pourquoi et comment aurait lieu l'évolution? Qu'on veuille bien remarquer qu'il ne s'agit pas du tout ici d'opposer la théorie de l'évolution purement mécanique a la théorie des causes finales, ni de prendre parti pour Hegel contre son disciple révolté Karl Marx. Nous ne nous attarderon~ pas dav:1ntage à examiner, si ce

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