LE RÉALISME SOCIALISTE ET L'IDEE DU DROIT 6 57 C'est donc perdre son temps que de discuter sur la forme de la République et sur la nat'ure des droits qu'elle peut conférer à Ja nation. Elle a fait cc qu'elle pouvait, clic a donné tout cc qu'on devait logiquement en attendre. Apres la disparition de la monarchie et de la féodalité, la République n'est plus un ideal du droit; clic est bel et bien un fait, qui existe sans les socialistes et qui n'a. aucun besoin d'eux pour continuer d'exister. Quand de nouYeaux intéri'.:ts et de nouvelles forces sauront se faire place, c'est d'eux-mêmes qu'ils tireront leur raison d'être et non de la conception juridique qui appartient à un état de choses non socialiste. L'opposition naturelle entre ces deux manieres de ,·oir, entre ces deux modes d'action, est d'autant moins conciliable que Ja République entre les mains des classes dominantes est leur meilleur instrument de défense; car elle proclame en politique des droits sérieux et univcrsc:s, qui lui servent de palladium, quand la revoltc menace. C'est ce qui a fait la force de la bourgeoisie en juin 1848 et en mai r 87 r. Aucune monarchie n'aurait eu l'autoritc nécessaire pour exécuter d'aussi formidables répressions. Quand Karl Marx regarde à la réalité concretc, comme Proudhon . lorsqu'il repoussait les réformes sociales par l'État, comme Bakounine quand il s'insurgeait contre toutes les politiques et tous ]es États possibles, il est donc autrement sérieux que des tacticiens socialistes, très bien intentionnés d'ailleurs, qui croient dcYoir se placer sur le terrain du droit politique, à coté de leurs adversaires immédiats, à i'cxtrêmc gauche d'un mouvement qui ne s'inspire pas du socialisme et qui ne peut pas s'en inspirer. C'est-à-dire, qu'à ces idéalités rcvolutionnaircs, bluettes inoffensives qu'on agitait un moment pour amuser le peuple et qui allaient bicntèt se fourvoyer et se perdre dans les sous-sols de ]a politiq uc pratique, Marx a voulu substituer uniquement des faits positifs, des forces immédiatement appréciables. Nous verrons plus loin si la voie nouvelle qu'il a tracée ne cètoie point trop les terres malsaines dont il voulait éviter le!: perfides émanations. Les forces seules étant des réalités et les droits n'étant qu'une sorte d'enseigne, dont on se croit obligé de les parer extérieurement, quand elles ont acquis dans le monde une stabilité suffisante, l'unique raison qui puisse dt:signer à nos sympathies celle-ci ou celle-là est J:intérèt. D'apres la donnée matérialiste, qui explique tout le progrés humain par le jeu des forces aux prises, l'activité humaine tout entière n'a pas d'aut~e mobile que l'intérêt. Des intérêts succèdent à des intérêts. De nouvelles forces viennent supplanter les anciennes. Le socialisme réaliste ne s'attarde pas à revendiquer des droits émanés de la vieille sentimentalité humaine qui fait appel à la vertu, 42
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==