6::;6 LA REVUE SOCIALISTE Par exemple, la société bourgeoise individualiste admet, sauf q 11clques exceptions spéciales, la Iibcrté de la presse, la liberté de réunion, l'égalité devant la loi et le suffrage universel, parce que ce sont là des institutions adéquates à l'ordre existant, qui le consacrent et le protégcnt. Avec de tels droits, la société bourgeoise exprime sa volonté, réalise ses désirs, sauyegardc, affirme sa puissance, et empC:chc toute restauration de la vieille suprématie du cléricalisme et de la monarchie. La bourgeoisie émancipée ne veut plus être mise en tutelle, ni par les représentants de Dieu, ni par les courtisans d'un monarque .. Elle a uéé le régne de l'argent, la domination du capital, c'est nai; mais dans la sphérc de la raison, elle est libérale, elle ne peut pas C:trcautre chose. Quant :\ sa puissance matérielle, comme elle n'est point le résultat de pri\'ilcges politiques, de monstruosités légales, comme elle est au contraire la conséquence du développement normal et régulier des faits économiques, la bourgeoisie est censée laisser grandes ouvertes à tous les Yoics d'accL:s à la richesse. C'est le fameux bâton de maréchal que chaque soldat porte dans sa giberne. Des adversaires de l'ordre social actuel peuvent bien aussi user des droits, qui en principe appartiennent désormais à tous, et se servir de la presse, des réunions et du suffrage univcrsei pour faire la guerre aux intér<'.:tsdominants. !\fais, comme en fait, ceux-là seulement qui ont la fortune, l'influence, le savoir, peuvent se servir efficacement des nouveaux droits, le danger auquel les interêts dominants sont exposés est trcs relatif. D'ailleurs, çc danger est aussi une soupape de sùrcté, un procédé symptomatique pour connaitre l'état de l'opinion et prendre des pn'.:- cautions en conséquence. Cet état de choses dans son ensemble constitue aujourd'hui un fait qui s'appelle la République et dans lequel s'expriment en droits positifs, exclusivement politiques et civils, la somme des réalités juridiques permises par les forces et les intérêts existants. Sur le terrain de la politique proprement dite, il n'y a pas autre chose à faire, pas autre chose à espérer. Q_uand des socialistes, au lieu de se consacrer tout entiers à créer la force socialiste, sans laquelle le droit socialiste ne saurait être fondé, persistent :'t youloir être de meilleurs républicains que les bourgeois, à vouloir perfectionner, sauver la République, rcviser la Constitution, ils obéissent par atavisme à la vieille idéalité jacobine, qui s'attache aux principes plutàt qu'aux. faits, à l'ordre politique plutôt qu'à l'ordre social et dont les bourgeois ont réalisé tout ce _qui pouvait l'être sans réforme sociale. C'est-11-dire q11c, salls réformesociale,on 11epeut pas aller plus loi11.
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