La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

• REVUE DES LIVRES Il y étudie, tout d'abord, h.:s maladies des assoc1at1ons humaines, le système nerveux social, source de toute activité normale et anormale de la colle~tivité, puis la «.substance intercellulaire sociale », et enfin il d.'.·veloppc certaines considérations sur les maladies qui touchent plus spécialement aux sphères économique, juridique et politique. Dans l'organisme naturel, tout état pathologique est causé p,1r une dégénérescence ou par un acte anormal de la simple cellule; de mème, dans l'organisme social, toute maladie est causée par une dégénérescence ou un acte anormal de l'indi\·idu, qui est son unité anatomique primaire. « Le princip..: de toute anomalie gît dans l'action anormale de la simple cdluk. » Si l'organisme social est plus complexe que l'organisme :rnimal, et par conséquent plus ..:xposé it des aberrations ou à des troubles nerveux qui entra\'Cnt son évolution progressive, il est aussi plus élastiqu..:, et la œl/11/e malade, c'est-à-dire l'imlit•idn en peut ètre plus facilement expubè, sans détriment pour les autres, - les éléments sains y remplaçant ~1ssez,·ite les éléments morbides. Aussi la société ne court-elk un séri..:ux d.rngcr de mort que lorsque des générations entii:rcs souffrent d'une dégénéresccncc progressive. De mème qu'il y a des diathi:scs organiques, il y a aus~i d..:s diathèses sociales, ce qui explique la soudaineté de certaines cris..:s économiques, religieuses et, en général, toute transmutation subite partielle ou totale d'une collectivité. La facilité de ces transmutations ôt d'autant plus grande que l'organisme est plus élastique et plus perfectionné; cependant, aucun groupe social ne peut exister, qui se soustrairait aux grandes lois naturelles de lutte pour la vie, adaptation au milieu, sélection, hérédité, etc. Il faut donc supposer une marche normale dans l'évolution des sociétés, et se garder de la précipiter ou de l'entraver; en sociologie comme en médecine, « prévenir v.tut mieux que guérir ». M. de Lilienfeld serre de plus près encore le parallélisme entre la pathologie sociale et la pathologie de l'organisme naturel. Il constate que la propagation des maladies sociales est duc en grande partie au parasitisme, à l'existence de bacilles spécifiques qui vi\'ent aux dépens des autres indil'idus et qui, grâce il leur très grande liberté d'action, font courir parfois:\ la société les plus graves dangers. Paisible et lég.tl (usure, jeu, etc.), ou violem (esclavage, conquêtes, etc.), le parasitisme développe des tendances immorales et asociales dans les t1 ois sphères économique, juridique et politique. Les abus de pouvoir, les vols et les fraudes de toute esp~cc, toutes les infractions aux lois établies, la spéculation même et l'oisiveté d..:s jouisseurs sont des cas fréquents de parasitisme. Eh bien, ce parasitisme, comme en général toutes les affections dont souffre l'humanité, doit disparaître. M. de Lilienfeld donne à son livre un caractère pratique en préconisant dans les derniers chapitres intitulés «, Thérapeutiquesociale JJ une méthode de traitement comparable aux méthodes appliquées par les médecins. Il charge ainsi la sociologie d'une mission d'humanité, loin de la considérer comme une spéculation purement théorique. Cela seul, indépendamment des vues profondément scientifiques de l'auteur, recommande la « Pathologiesociale JJ au public toujours plus nombreux qu'intéressent les palpitantes questions du temps présent .

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