REVUE DES REVUES 6q tinctions fort subtiles pour exprimer l'éternelle querelle du fond et de la forme, le débat des créateurs et des simples producteurs. Une œuvre d'art est grande non seulement par la perfection de la forme, la beauté de son harmonie, mais aussi par ce que son auteur a mis en elle d'universel et d'éternel, le symbole qu'elle illustre, l'idée dont elle est la vivante image. Qu'il soit classique, romantique ou naturaliste, l'art est toujours plus ou moins humain ou - ce qui est équivalent - social : l'artiste, l'homme qui érée une fiction ou un personnage, ne peut jamais oublier qu'il est homme; affirmer qu'il est aussi toujours a la recherche du beau parait presque une naïvetè, la perfection de son œuvrc étant le but naturel de l'esprit. La littérature vit des passions de l'humanité, de ses douleurs et de ses espoirs. Mais les rapports de l'individu et <le la société sont tellement étroits qu'on ne peut négliger l'une en parlant de l'autre. C'est pourquoi dans l'œune de Racine, par exemple, oü se developpent les nuances subtiles c!'une psychologie raffinée, nous retrouvons toute la vie du siècle de Louis XIV. 1 'est-cc pas un lieu commun aujourd'hui dans les collèges que d'affirmer des Romains de Corneille qu'ils ont les éclats <le voix des matamores espagnols? De· nos jours, les liens entre l'individu et la sociéte sont de plus en plus étroits. Quoi d'C:,tonnant que celle-ci prenne une place de plus en plus grande dans les preoccupations des artistes? Le roman et le théâtre de nos jours reflètent les inq uiétudcs de nos esprits, les questions sociales passionnent, dominent notre siècle: notre art pourrait-il ne s'en pas ressentir? Bien vite on a crié à la nouveauté et l'on a parlé d' « art social », de théâtre à thèse, de littérature prêcheuse. Certes, l'homme qui crée s'efforce de faire passer dans son œunc son âme tout entière avec ses doutes et ses révoltes, ses regrets et ses espérances, mais il ne peut être un vulgarisat~_ur. L'art qui doit susciter de l'émotion ne peut s'attarder aux longues dissertations didactiques. Le socialisme, dont l'influence de jour en jour plus forte pénètre les esprits, de plus en plus inspirera les artistes, mais bien mieux, pensons-nous, par son esprit que par ses doctrines. La vérite est plus émouvante et éloq ucnte que les discours. Elle fortifiera cet art de demain ou l'on analysera moins scrupuleusement peut-être les replis de notre cœur que les rouages compliqués de notre société, ou nous revivrons tout entiers avec nos inquiétudes, nos douleurs, nos espoirs, ou s'érigera, radieux, notre idéal de Beauté et de Justice. Ce sera le reflet même de notre temps et non pas cet art << utilitaire » dont on parle du bout des lèvres, en songeant un peu à la « Chronologie en vers » ou au « Jardin des racines grecques ».
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