La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE MOUVEME~T LITTÉRAIRE 593 « de la religionde la soujfra11cle}//lllai11e ,, ont évoquées, des premiers! Edmond de Goncourt se plaignait a tort, - et non sans raison, pourtant! des sentiments russophiles de nos contemporains. Certes, Tolstoï et Dostoïewski pouvaient se passer des Goncourt. Cependant, ceux-ci pouvaient bien revendiquer leur part dans cette pitié russe, dont on donne trop aisément le monopole aux ècriYains slaves. Cette pitié est abondante dans l'œuvrc des deux frères. Quelle sotte légende encore, qui fige les Goncourt dans une impassibilité hautaine - à cause de quelques reporters froidement reçus! Ils ne faisaient point effort de tendresse courante, non. Mais leur œuvre est de noble pitié pour la douleur, de bel emportement contre l'iniquité et l'injustice. Qu'on relise donc Germinie et Elisa! On Yerra que leur observation n'est point si menue, mais large et généreuse, et ardente ... Pourquoi faut-il qu'ils aient'« fait du théàtre », publié leur Jour11al, ainsi par fragments! Ce n'est pas qu'il faille rejeter en bloc leurs tentatives dramatiques - HenrietteMarecbal et la Patrieen danger sont des pièces de valeur, et le Journal constitue de magnifiques mémoires. Si l'on peut regretter, ce n'est pas pour nous, c'est pour eux. Les Goncourt n'étaien't pas connus de la foule, d'une certaine foule qui a cru les connaître par ces agencements de romans en pièces, par cc qui prêtait à la malignité dans le Journal! Il y a un malentendu qui va cesser; quand on lira les Goncourt, - loin des adaptations scéniques et du bruit du Jaumal, et du testament. Car, il faut en venir a cette question matérielle: elle existe, douloureusement. J'ai lu a peu près tout ce qui a eté publié là-dessus depuis quelques mois. Nulle part je n'ai vu louer, comme il convenait, la pensée ilaquelle les Goncourt avaient obéi: que l'on jugerait admirable d'un autre citoyen ou d'un étranger; envers les Goncourt, leur mémoire, ce n'est que méchancetés, mauvaise humeur, chicane : les Goncourt ont vécu, sont morts, dans ce vœu que leur fortune allât a la litterature: s'ils avaient fait héritiers l'Académie française, leur ville natale, ou le Louvre, sans doute on les eût classés parmi les bienfaiteurs de ce temps : ils choisissent des écrivains de talent indiscuté, avec charge, au fur et à mesure des décès, d'en appeler à d'autres, - et le testament des Goncourt est à peu près traité comme s'il contenait une clause immorale ; on ricane, on attend les procès avec impatience, et l'on s'amuse des longueurs de la procédure! Il est difficile de faire le bien - et de contenter tout le monde ... Paul Verlaine, qui ne laisse rien, n'en a pas moins suscitè du bruit autour de ses obseqÙes, lui qui, devant le convoi de Victor Hugo, dans un de ces accès auxquels on doit les Invectives, ecrivait: « Pom moi, je désire être mené au lieu du dernier repos dans une voiture Lesage. » C'est sous les fleurs qu'on l'a conduit au tombeau, 38

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