La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE 591 peine? Rapetisseurs de toute gloire, lorsque vous les conYiez à mesurer le grand labeur d'une existence de goût et d'érudition, de découvertes en art, dont un demi-siécle s'inspire, ils murmurent: bibelots, manie ! 'La manie du beau,. soit! la manie des belles formes, des belles matiéres, des belles couleurs, des belles lignes, cela n'est point si rabaissant, et l'intelligence des Goncourt n'est point d'ordre inférieur, de cc fait ; de ce que M. ~dmond de Goncourt adorait les roses, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il fùt inapte à toute idée, et à toute réflexion, comme juge tranquillement la Revue desDeux-Mo11des. Mais tant pis pour qui n'a point vu, à tant de notules raillées de cc sincére Joum(fl, l'émoi désintéresse du chercheur et du trouveur de beau, non point jamais la satisfaction du faiseur d'affaires, de l'avide profiteur d'occasions, de l'agioteur et du marchand que sont exclusi\·ement tant de fameux collectionneurs - les concurrents qui déprécient, en ce moment, la collection d'Auteuil, pour se l'adjuger à meilleur compte au jour des enchéres ! Originaux dans le roman, les Goncourt ont été violemment combattus et haïs, - traités en chefs d'école : sans les égaler à Flaubert et à Balzac, il convient, tout de même, de les élever au premier rang. Le naturalisme, le document, l'écriture artiste! Théorie étroite, méthode bien puérile, programme bien vieillot. J'entends! Le naturalisme! qui ose encore en parler, sinon Paul-Alexis? Le document, la vérité, l'étude des milieux, la science! Est-il besoin de s'abaisser à cela? est-ce que la vérité existe? l'étude n'enseigne rien! Quant à la science, on ne doute plus de sa banqueroute, avec M. Bruneticre comme syndic de la faillite. Pauvres Goncourt, misérables preneurs de notes! Car ils prenaient des notes -et voilà pourquoi M(/da111Geerv(fiS(fis est une œuvre naturaliste, et RenéeAtlauperin aussi, et la F(fusti11 également et Cbérie ! Pourquoi pas des psychologues, des idéalistes, des féministes, les Goncourt? Parce qu'ils ont avoué qu'ils avaient cherché la vérité dans. leurs créations, regarde autour d'eux, scruté les gens, pour faire vivant et nature. Enfin, se défiant de leur mémoire, ils poussèrent le scrupule, horreur! jusqu'à rédiger des notes. Oui, s'ils apercevaient, dans les pays ou les individus, quelque trait essentiel, quelque pittoresque, • quelque nouveauté, ils l'inscrivaient. Le document, la n?te ! Voilà bien les naturalistes, les bas naturalistes. Et ainsi, encore, Emile Zola, si prodigieusement lyrique, n'est qu'un naturaliste, parce qu'il prône le document. Mais Loti, qui ne peint gucre que des choses vues; Anatole France, expert à dépouiller tous les textes, du talent le plus suaveet le plus documentaire - ne sont pas des naturalistes. Passons - en laissant aux critiques pour qui le document, la vérité, la science constituent chez les romanciers des tares impardonnables, le soin de nous instruire ... En étudiant l'œuvre des Goncourt, il n'y a point à déli-

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