LA REVUE SOCIALISTE hommes qu'ils en décl:trent depourn1s ! Certes, les Goncourt ne furent point des professeurs! Quel enseignement que le leur, tout de même! « Ils savent de l'histoire cc qu'en peut saYoir un couturier, un maîtrcd'hôtel, un valet _de chambre», affirme M. Doumic dans la Revue des Dn1x-i'vfo11des. Sans doute, les Goncourt n'ont ncgligé aucun temoignage, même de l'office et de l'alcôve; et, par cela, ils ont vecu dam l'intimite du temps; cc qui ne les a point empêches, ensuite, de juger de haut, en des pages intenses qui ont echappe ù i'vl. Doumic, probablement; il serait inexplicable que M. Doumic eùt lu ces huit ou dix Yolumcs de reconstitution des personnages, des foules, de l'atmosphère, de l'art et de la vie de cette periode, pour ne trouver dans la tournure d'esprit, les tendances et le g~ôt des Goncourt « qu'un je ne sais quoi de mince et de baroque» ... ! Originaux en art, les Goncourt s'enthousiasmercnt pour le dixhuitième siècle, le Japon ... A la veille de la vente, à la minute de la dispersion de ces bibelots et de ces gran1rcs amoureusement réunis, aujourd'hui qu'à la suite des Goncourt de plus opulentes galeries se sont fondecs, on peut, dans un intérêt facile à dcmêler, dédaigner leur collection, douter qu'elle atteigne un chiffre prérn, qu'importe la question d'argent : depuis ces précurseurs, à coups de fortunes, évidemment on a pu les depasser. Là n'est point la question. N'auraientils pas acquis le moindre dessin, le plus médiocre kakémono, que leurs titres à l'admiration des artistes seraient les mêmes. Du peu d'argent, qu'on leur a tant reproche, eussent-ils fait tout autre emploi, l'eussentils joué ou distribue aux filles, que la reconnaissance ne serait pas moindre envers eux - pour leur découYcrtc d'art. Qu'ils aient collectionne et bibelote, ou non, qu'importe! i\lais ils ont é\·eillé le goùt, la curiosité de l'elitc d'abord, de la foule ensuite, vers de l'inconnu. Aujourd'hui qu'il est devenu vulgaire de s'extasier sur l'art du dix.- huitième siècle et l'art japonais, il ne faut pas oublier ceux qui créèrent cc mouvement, en somme. Le dix-huitième siècle, le Japon, cc n'est point tout l'art, pourtant, chicane la critique qui ne veut pas que les Goncourt aient rien fait, en histoire, en art, dans le roman. En effet, mais cc n'est pas indifferent, tout de même, que d'avoir pressenti un beau, ignoré ou délaisse, de l'avoir exalté ainsi, imposé, dans des lines impérissables. En art encore, leurs j1cux s'étaient dessillés seuls. Là, ils avaient innové, comme en histoire. Que l'on restreigne encore leur part, leur rôle, si l'on veut, est-il possible de le réduire jusqu'à le négliger, comme certains, qui, vraiment, semblent ne connaître des Goncourt que le dernier volume du Journal? Cependant, il suffit de se rappeler l'Art au dix-huitième siècle, la Maison d'un Artiste, Gavarni, Outa111aro, etc.! Mais il faudrait les avoir lus ! Or, combien de ceux qui assument la tâche redoutable de critique ont pris cette
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