La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

580 LA REVUE SOCIALISTE Yillcs le nombre des sans-traYail. De plus, dans les campagnes, s'il y a de maùvaiscs récoltes, la famine règne terriblement. Pendant cc temps les grandes propriétés augmentent de jour en jour. Il en existe d'aussi grandes qu'un département français! D'autre part, les capitalistes agricoles, depuis quelque temps, introduisent le machinisme (1). De plus, ils se sont substitués aux usuriers pour l'accaparement des terres. Ils ont créé, il y a une dizaine d'années, une banque agricole qui prête a 9 °/o sur hypothcquc (2). Or, le paysan qui emprunte, ne pouvant jamais payer un intérêt si exorbitant, est vite exproprié de ses meubles et immeubles, même on lui vcl1ll ses effets les plus indispensables a la Yie journalierc. D'autre part, cc petit nombre de capitalistes, possesseurs de tout l'outillage et de grands capitaux, achctc a des prix dérisoires tous les produits que le paysan posscde encore par extraordinaire. Ils spéculent ainsi sur le dos de ces affamés. En Annénic et dans toute l'Asie-Mineure, les chemins, les routes, les voies de communication font t~talemcnt défaut. De cc manque de moyens de transports résulte famine en cas de mauvaise récolte, rniscrc et pamTcté en cas d'abondance. Seuls les capitalistes possédcnt quelques moyens de transports; aussi rcgncnt-ils en maîtres sur tout le territoire. Ils ont en outre a leur disposition des intendants généraux (zahiré n111d11ri), leurs agents (moubayadji), qui sont largement soudoyés. Ils accaparent par des procédés inaYouables tous les viHes, toutes les productions et font et défont a Yolonté la disette et la misère. L'incurie et la complicité gouvernementales les aident aussi a merveille. Ainsi est facilité ce mouYcmcnt social qui constitue la prolétarisation de presque toute la masse. L'anarchie et la corruption regncnt dans toute leur splendeur dans les administrations. Les employés n'étant payés qu'un mois sur douze, la fraude, le ba!tchiche y sont d;ins un complet épanouissement. A cc brigandage administratif s'en ajoute un autre d'un genre plus pittoresque, mais plus macabre et plus triste, j'entends les cnlèYemcnts (1) Dans les vilayets de Brousse, Salonique, Andrinople, Aidin (Smyrne), TrébiLonde, etc., la grande culture existe. Le machinisme, comme toute industrie mécanique. y fut d'abord introduit par les Armcniens en Roumélie Orientale. Actuellement les Grecs, les Turcs font de m~mc usage des proccdés scientifiques. Mais il y a de grandes sociétés européennes qui se donnent il cc genre de culture (Smyrne). Dans les propriétés privées du sultan le machinisme est utilisé en grand par les agronomes arméniens diplomés cle !'École de Grignon. Les bat:euses, les locomobiles, les faucheuses ont forcé beaucoup de paysans il prendre le chemin des grandes villes. (2) La monnaie turque. or, argent, billon, n'a pas un cours uniforme dans tout l'empire. L'or vaut 108 piastres il Constantinople, 123 piastres il Andinoplc, plus de 140 en Asie-Mineure ; l'argent de même; la monnaie de biUon n'a pas cours dans la capitale, elle vaut 2 paras il Andrinople, 5 paras en Asie, etc., etc ..

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