La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA QUESTION SOCIALE EN ORIENT 579 départements en plusieurs circonscriptions, lesquelles sont mises en adjudicatioh. Les multéz.ims (fermiers) parcourent les champs en tous sens, examinent, évaluent le rendement des récoltes et offrent leur prix au gouvernement. Toutefois, ils obtiennent l'adjudication au prix demandé en graissant la patte au defterdar effendi (le recc\'eur général). Après les récoltes, les mulléz.ims ou leurs agents, flanqués de gendarmes, visitent les dépôts et prékvent r 5, 20, 30, jusqu'à 50 °/ 0 . Ne faut-il pas qu'ils s'indemnisent des pots-de-vin distribués? Le Turc fataliste subit et ne souffle mot, d'ailleurs on a quelques ménagements pour les sectateurs du prophète; mais si !'Arménien a le malheur de protester, gare a lui! les massacreurs sont sous les armes. Après avoir payé la dime, le paysan doit encore payer bien d'autres impôts. L'An~1énien, ou plutôt le chrétien, paie le bédel-ashéri ou haratch; c'est l'impôt du sang, l'exonération du service militaire. Ceci remonte à l'origine, au temps lointain de la féodalité. Les Musulmans ne voulaient pas coudoyer les gbiaours ( de l'arabe hiafir = non croyant, imposteur), dans les rangs de l'armée sainte et voulaient leur interdire l'usage des armes pour prévenir toute révolte. Tout chrétien mâle paie depuis le jour de sa naissance jusqu'à sa mort 30 piastres. Sont exempts de cet impôt les chrétiens nés dans la capitale. L'impôt sur le bétail (aglmam) préleve 4 piastres (0,90 c.) par tête, alors qu'un mouton ou une chhre coùte à l'achat 60 centimes en Asie-Mineure! Puis, si le travailleur possède une petite baraque, il lui faut payer le vergù (impôt foncier). Vient ensuite le lemellu (patente), le tapou, impôt immobilier en géncral. Tous ces impôts étant payés en argent, c'est toujours l'usurier qui, avec de gros bénéfices, fait au paysan l'avance nécessaire. A part la dime, aucune imposition n'est prélevée régulièrement. On laisse accumuler toutes les sommes dues par le contribuable et à l'occasion d'une construction, d'un héritage, d'un mariage, d'une vente, d'une réparation immobilière ( r) ou d'un acte public quelconque, on lui réclame tous les arréracres à la fois. Pour le haralch, ce sont les communautés chré- o tiennes respectives qui se chargent de le prélever. Elles répartissent la somme fixée par l'Êtat entre tous leurs membres proportionnellement à la fortune de chacun. Ainsi donc le paysan dépouillé, chasse, volé, n'ayant aucun moyen d'existence, quitte son pays, court augmenter dans les grandes (r) On ne peut faire faire chez soi aucune réparation soit de menuiserie, soit de plomberie, soit tout autre travail sans prévenir les autorités. Elles ont droit de violer les domiciles si elles soupçonnent ce genre de travau>.. D'ailleurs, il est aisé de les rendre moin; récalcitrantes en a-lissant dans le creux de la main le petit bakcbicbe ' 0 (pourboire)!

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