La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA QUESTION SOCIALE EN ORIENT 57ï tant une assez forte somme au propriétaire pour jouir d'un champ, d'une boutique, d'une maison, etc. De plus, il paie à cc cicrnicr une petite rente annuelle en argent ou en nature. En reYanchc, le travailleur guédik ne peut être expulsé sans une forte indemnite en dommages-intérêts. Cêtte indemnite est détcrrnince par l'es11nf (de l'arabe snf=classe, corporation) auquel le travailleur appartient. Ces institutions furent a certaine epoquc trés puissantes. Le chef s'appelle ltéhia. Au début, les feudataires ne s'opposérent pas a leur création. Ils ont vu en elles de précieux instruments de domination à l'égard des classes travailleuses. Cependant plus tard le gouvernement, par le Ta11:._imat (1), décréta leur déchéance (2). Le régime corporatif fut désastreux pour le progrés économique. Son accord avec la féodalité multiplia les monopoles de ces corps, annihilant toute initiatiYe individuelle. Il créa les barriéres et les taxes de commerce, et toute transaction de ville en Yille, de village en village, fut impossible. C'était une espèce de protectionnisme a outrance. Il existe également un autre g11édik. C'est une sorte d'hypothéquc créée par le sultan Mahmoud II, surnommé Adil (juste). Lorsque, vers r825, il visita certaines villes de son empire en compagnie de son homme d'affaires, ['Arménien J\azaz Artin amira, grand financier, vizir, et homme de confiance, Mahmoud II Youlut marquer son passage par des bienfaits. Il offrit donc aux propriétaires en détresse 1,000, 5,000, 20,000 piastres (3) contre. un reçu garanti par leurs immeubles. Plus tard, vers 1830, aprés la défaite de NaYarin et la paix d'Andrinople, l'empire eut besoin d'argent. Le sultan vendit' ces reçus guédili l'intérêt en pl us aux. financiers et put ainsi réaliser en peu de temps une forte somme d'argent, dont la combinaison ingénieùsc revient,\ Kazaz Artin. Toutefois, les propriétaires n'ayant jamais pu rembourser ces créances restent encore débiteurs de l'Etat et n'ont pas en leur possession ces reçus guédik. De cc fait, les immeubles ainsi hypothéqués ont une valeur inférieure. Cette sorte de g11édi!t n'existe que dans les villes visitées par Mahmoud II, où à la vente d'un immeuble quelconque on demande toujours si le Yendcur possède le reçu guédi!(. Il existe ensuite le traYail à moitié fruit (111iribn). Le propriétaire (1) Le Ta1t{imat (de l'arabe Ni,am = organisation, ordre). -~•est l'ensemble des réformes projetées par Mahmoud II et que le sultan Abdul-Médpd YO_ulu_mt. e~tr~ en exécution par son fameux décret de Gulhané portant le nom de Hatt,-cherif (ecnturc sublime, sacrée), 1839. ' . . . , . , • . . ( 2) Le seul erna/reconnu par la 1ust1ceencore :1U1ourdhlll, c est celu1.des maraichers dont la puissance ne put jamais être détruite. . . (3) Une piastre Yaut 40 paras ôu 22 centimes environ. 37

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