La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA QUESTION SOCIALE EN ORIENT 5ï5 FOR~IES DE LA PROPRIÉTÉ Lors de l'invasion turque, la terre de\'int propriété exclusive du sultan. Pour récompenser le zele de ses principaux lieutenants, il leur donna tclk ou telle province en pleine propriété, aprés avoir fait la part de la religion. Ces donations curent de grandes conséquences qui deYaient plus tard contribuer à la chute de l'Osmanli en donnant naissance à une espcce <le féodalité solide et toute-puissante. Les feudataires se fixcrent dans les grandes villes de leur province et s'y fortifièrent. Chacun de ces petits potentats devint un quasi-sultan dans son fief. Il devait, en cas de guerre, partir au secours de son maître à la tête d'une nombreuse cavalerie. Il avait sous ses ordres les beys ( commandants militaires) et une forte hiérarchie également militaire. Le Koran et la religion furent les premiers soucis du padischah conquérant; aussi pour l'entretien du culte religieux, des ulémas (savants thcologiens), des khodjas (le clergé), donna-t-il aux mosquées et à leur dépendance, en dig'1e descendant du prophcte, une part considérable des provinces Yaincues, comme il a été dit plus haut, avant toute distribution territoriale. Ces sortes de biens s'appellent valr011f. Le sultan et le vakouf possédaient plus des deux tiers du territoire. Le reste était presque exclusivement la propriété des pachas feudataires. Ceux-ci d'ailleurs cumulaient tous les pouvoirs: civils, militaires, judiciaires, etc. Droit, justice, n'étaient qu'un mythe, seul l'arbitraire régnait. Le feudataire, en cas de réYolte contre son suzerain, offrait, pour s'attirer les sympathies et l'aide de l'élément religieux, qui fut toujours influent sur l'esprit du peuple, de riches présents en expropriant arbitrairement des particuliers. D'autre part, quelques rares privilégiés, pcres de famille, possédant de petites propriétés, faisaient donation de la nue propriété de leurs biens aux mosquées pour la construction d'un monument public, bains, ponts, fontaines, écoles, etc. Ces biens, deYenus val.-011/, etant religieuseme:1t respectés tant par le sultan que par le pacha rebelle, échappaient à la confiscation, et le père de famille pouvait ainsi conserver à ses descendants l'usufruit de son bien. Ces donations avaient quelquefois pour mobile une sainte devotion, ou des vœux sacrés; aussi les établissements chn'.:- tiens possèdent-ils egalement leurs biens vako11fs. Ces sortes de propriétés sont maintenant administrées sous la surveillance de l'Etat. Tout bien qui n'est pas vako11f s'appelle mulk (011e11l1ait 111irié). Le 11iitlk paie bien plus d'impôt que le vafo11J. C'est une propriété priYée ordinaire qui, par une simple donation, peut devenir valw11f (bien de main-morte). Celui-ci est une propriété appartenant à une ecole, mosquée, église, monument public, etc., et agissant comme personne

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