La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

5ï 2 LA REVUE SOCIALISTE Tous cem: qui ont le noble souci des beautcs esthétiques sauront comprendre la grandeur de cc chant et la beautc sublime de la symphonie par laquelle le drame s'acht:\'C. Les éclatantes sonoritcs célèbrent la Cite nom·ellc, où tous les hommes rcunis dans une fraternelle amitic Yont enfin connaitre le bonheur Yéritablc. Les vrais musiciens admireront l'écriture hardie et sa,·ante de 1'1. Vincent d'Indy. Il réunit en lui la force d'un \\'agner et l'art d'un César Franck. On ne saurait trop louer l'habile développement des thèmes, l'expression musicale toujours adequate aux sentiments des heros du drame, l'accent de la mélodie, l'ordonnance de la symphonie, le coloris et la richesse harmonique de cette musique dig11cd'accompagner l'une des grandes œuvres dramatiques du temps prcscnt. M. Vincent d'Indy qui, depuis l'apparition du Chaut de la Cloche, était regardé par tous les musiciens comme l'un des chefs de l'Ecole musicale française, va acquerir ayec son Fervaal la puissance souveraine. Cette œuvrc le place aussi au premier rang des dramatistes contemporains. Grâce à son effort, le drame social va acquérir son droit de cité sur la scène française. Tous les idealistes doiYcnt se rcjouir de cette victoire prochaine et definitive. N'est-ce pas, en effet, un bon prcsagc pour le succès de ce genre dramatique nouveau, que l'un de ses premiers exemplaires soit une œuvre d'une valeur morale si haute, que la belle pensl'.:c d'Émerson : « Sers les hommes, sois le membre de leurs corps et le souille de leurs bouches», est seule digne de lui ser\'ir d'cpigraphc. Maintenant que la voie est tracée, il faut que les poètes la suivent, pleins de confiance dans leur mission sociale, et qu'ils donnent bientôt sur la scène française des œu\Tcs capables, comme Fervaal, de laisser dans l'esprit de leurs auditeurs une consolation et une espérance. ALPHONSE RICHARD.

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