U~ DRAME SOCIAL 5ïI plus sur son art, le seul qui cherche :i. faire regncr sur ses inspirations une pensée philosophique. L'ensemble des qualités dont cette œuvrc fait prcuve_doit le pousser au drame musical. Mais qu'il se ceigne les reins et ramasse toute sa force; car, aprés cc gage, nous attendons beaucoup de lui. >>• M. Schuré ne doit pas être déçu, maintenant qu'il connait l'œuvrc nouvelle de l'auteur de !Vallwslei11. J'ai essayé de montrer que le drame de FerV{l{l/ était une œuvrc originale et puissante. Pour apprecicr la musique qui l'accompagne, je dirai seulement que dans toutes les parties de l'œuvrc, les mélodies et les symphonies sont en adequation avec le drame lui-même. L'union de la poésie et de la musique est rbliscc dans son intégralite, et la grandeur de l'idée dramatique est augmentée encore par la beauté de la pcns,ée musicale. La serie des préludes est remarquable. Dès les prcmicrcs phrases de l'introduction, les vertus héroïques de Fervaal sont annoncées par d'éclatantes fanfares. Puis, dans le prélude plein de charme et de tendresse du premier acte, la passion mutuelle de FerYaal et de Guilben se pressent et s'affirme. Enfin les douleurs, les tortures morales du heros sont traduites d'une façon saisissante, dans la symphonie des derniers préludes. Au prologue, la rencontre de Fcrvaal blesse et de Guilben est, au point de vue musical, une scénc dominatrice. L'initiation du heros aux mystcres druidiques, la scénc d'amour, pleine de rythmes passionnés, sont des pages originales et hardies. Au second acte, le monologue de Fcrvaal, la sccnc de l'apparition de la déesse-mère et les chœurs mystericux qui l'accompngncnt, méritent d'être étudiés avec le plus grand soin. Mais cc qu'il faut surtout admirer dans cet acte, c'est la sccnc de l'élection du brcnn, le sacrifice sur l'autel de pierre, l'hymne de guerre du heros, toute la scène finale pleine de mouvement et de vie, et qui sera bientot aussi célèbre que les plus belles pages de musique héroïque, que la scé11"cdu Rütii, dans le G11illa111T11elel, de Rossini, ou celle du camp devant Munster, du Prophete, de Meyerbeer. Le dernier acte renferme des scènes musicales humaines et pénétrantes. L'emotion tragique est accrue par l'intensité douloureuse des sonorités. La mort de Guilben est commentée par une admirable symphonie. Enfin, la dernière scène de cc drame - la plus belle à notre avis, au point de vue dramatique, - renferme des pages musicales dignes d'être comparées aux pages les plus justement célèbres des œuvres de Richard \Vagner. Depuis le CrépusculedesDieux 'et Parsif{ll, aucune œuvre dramatique n'a été représentée qui contienne des mélodies plus puissantes et plus belles que le cantique que chante Fcrvaal, quand il a enfin découvert la Vérité et qu'il annonce au monde transfig1,1ré.lc triomphe de l'Amour.
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