5ï0 LA RIWL"E SOCIALISTE pure et sans fin. Peu de drames contiennent des sccnes d'une cléntion morale si haute. Le naturalisme religieux. n'avait pas encore trou,·c une expression poctique aussi magnifique et aussi puissante. J\I. \ïncent d'Indy, pour traduire cette idce, a repris l'antique symbole de l'ascension <le la montagne; il s'est souvenu que les héros des légendes indiennes considèrent la montagne comme un temple sacré, comme le lieu terrestre où les tunes, profitant de l'élan que la terre s'est irnprimce ;\ elle-même, prennent le plus librement leur essor yers les grandes vcrités éternelles: l'amour des êtres, le sacrifice, la charitc. Et de même que ces <'.:normes blocs de pierre se sont lentement soulevcs des profondeurs de la terre vers les étoiles du ciel, de même, trcs lentement, les instincts grossiers des hommes se sont peu a peu transforn1és en une conscience morale tn'.:s haute. L'aspiration au bien des autres êtres est dcYcnuc l'unique principe <le vie, la seule condition de bonheur, l'unique mobile des actions, le seul devoir. Les plus grands pactes n'ont pas su concevoir de plus belles para- !:olcs pour ex.primer leurs espérances dans la victoire du bien. LA PARTITION (1) Si le drame de Fervaal renferme des idées originales et puissantes, capables de faire songer et surtout de faire penser tous ceux qui le liront, il peut aussi les cmouYoir d'une facon profonde par la beauté des mélodies et des symphonies que M. Vincent d'Indy a écrites pour commenter les situations morales de l'intrigue. Tous les musiciens connaissent le grand talent de l'auteur -du Cbnut de la Clocbe et de TValleustein. Les plus grands symphonistes de la gcnération prcsente, les Brahms et les Saint-Sai.:ns, n'ont pas su combiner aYcc un art plus parfait que celui de M. Vincent d'Indy, les voix. sympathiques, àpres et chaudes des violons, les lourds élans des contre-basses, les sonneries éclatantes des cuivres, le ricanement sinistre des bassons et toute cette g-crbe montante de sons, toute cette polyphonie éblouissante de l'or- -::hcstrc moderne. M. Édouard Schuré, le trés érudit mythologue, aprés l'audition de TVnlle11stei11, avait pressenti que M. d'lndy, désormais en possession d'une langue musicale sa,·ante et colorée, pouvait écrire pour une œuvrc dramatiq uc un commentaire plein de force et de vigueur. « De tous nos jeunes musiciens, disait-il, <l'Indy est celui qui raléchit le (1) M. Étienne Destranies ,·ient <le publier à la librairie Fischbacher une excclk11te étude thc:matique et analytique de cette partition.
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