La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

UN DRAME SOCIAL selle bonté. Délivré des liens égoïstes, leur esprit inondé de joie, illuminl'.:par une lumière radieuse, leur révélera enfin la vie spirituelle, la vie morale et ses béatitudes infinies. Mais, pour atteindre a ce bonheur suprême, il faur non seulement aimer tous les hommes d'un amour véritable, leur faire à tous le don volontaire de sa Yie, mais il faut en outre consacrer tous ses efforts à l'ensemble des choses. La nature tout cnticre, le « Grand-Tout » doit être la fin des afl:"ections humaines. La morale panthéistique est pour Tolstoï la ,-raie régie de vie. Il veut que tout cc qui est soit respecté par les hommes, parce que tous les êtres sont divins. C'est a cc prix seulement qu'ils connaîtront le nai bonheur, que l'âge d'or chanté par les poetes, et dont les prophétes ont parlé dans de splendides métaphores, apparaîtra à leurs yeux. Comme FcrYaal, ils auront alors des visions glorieuses et des extases d'amour infinies. Fortifiés par cette grande idl'.:c de l'amour universel, ils construiront la grande cité terrestre; pleins d'une inessc sacrée, ils fratrrniscront avec l'univers et ils trouveront clans leurs clc'.:vouemcnts et dans leur compassion pour tous les êtres une joie intense et magnifique. Grandis par la souffrance, ennoblis par la pitié, ils érigeront les aspirations viYes de leur cœur en une sorte d'impc'.:- ratif: le don gratuit de leur Yie clic-même. Et par cette foi nouYellc, par cette religion rcstaurl'.:e qui transfigurera la nature cnticrc, ils réaliseront enfin le grand idéal de la solidarité humaine. C'est surtout dans la dernière scène du drame que M. Vincent d'Indy a donné a son œuvre cette signification morale. Ces pages sont la traduction concréte des idées de Tolstoï. Apres la mort de Guilben, Fcrvaal, l'âme brisée par la douleur et dans la plus grande détresse morale, semble désespéré; mais bientôt son e:;prit, illuminé par un rayon de pitié et d'idbl, reprend espoir et confesse sa foi nouvelle. C'est alors que le héros, portant le cadanc <le Guilben, symbole de la chair réhabilitée et glorifiée, monte lentement vers les cimes blanches de neige et dont les glaces étincellent sous les premiers rayons du soleil matinal, et salue toute la nature de son cantique d'amour. Plus il se donne à tout ce qui l'entoure, plus il éprouve une joie intense, et il connaitra enfin le bonheur suprême, quand il se sera donné tout entier, quand il aura disparu dans la vie unitive, dans l'être universel. Et toute la nature, régénérée par son sublime sacrifice, célèbre par ses mille Yoix l'amour libérateur, la loi humaine qui protégera tous les êtres, aussi bien les plantes inconscientes que les hommes capables de vie morale. Un lien d'amour se forme ent1:e les âmes, et toutes, plongées dans un sublime ravissement, arrivent _à la spiritualité

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