La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

568 LA REVUE SOCIALISTE cette œmTc puissante, d'en pénétrer les symboles admirables, de faire comprendre b beauté absolue de cette conclusion? Les grandes œunes se passent d'cxégésc; elles savent, sans qu'il soit utile de les raconter, émouYoir le public pour qui clics ont été écrites. Çcpcn<lant les drames d'idées pcuYcnt apparaitre un peu obscurs à quelques spectateurs; c'est pour ceux-là qu'il est nécessaire de chercher à dégager l'esprit de ces œuncs, leur sens général, leur portée morale. Qucllè est donc l'idée maîtresse du drame de .M. Vincent d'Indy ? A notre avis, l'auteur Je Fervnnl a voulu synthétiser, sous une forme poétique, l'enseignement de Tolstoï. La recherche <lu bonheur, tel est, pour cc grand sage, le but de l'actiYité humaine. Le bonheur réside dans une Yic intense, obtenue par le développement harmonieux des facultés humaines. Or, le rnoycn d'a\'oir la plus grande somme de Yie, et d'atteindre le bonheur suprême, est d'accroitre sa Yaleur morale par la plus bdlc des vertus : l'amour des hommes, l'esprit de sactificc. Le dévouement pour autrui donne une Yic surhumaine, un plaisir magnifique à celui qui s'y résigne. La morale de l'Amour, quand elle sera généralisée, amencra la solidarité positiYe entre tous les hommes. Cette morale peut seule les sauver, r.ésoudrc les conflits qui les diYiscnt, car b science est impuissante à <lonncr aux hommes une reglc de Yic naimcnt humaine. Les morales scientifiques sont cruelles, impitoyables pour les faibles. Cornme Arfaganl, les savants pcuYcnt dompter les forces naturelles, interroger parfois la décssc-mérc, mais ils sont incapables de combattre l'égoïsme malfaisant, générateur des haines et <les oppressions. Courbés dcYant la norme naturelle dont ils croient avoir surpris les secrets, ils Yculcnt dominer au nom de dogmes étroits la masse des hommes trop crédule dc\·ant leurs prétendus miracles. Par d'habiles superstitions, ils l'enchaînent et la retiennent dans la regle qu'ils lui tracent. Ils ont cru compren<lrc que dans la nature les cspeccs les plus fortes écrasent nécessairement les êtres faibles et débiles. Ils érigent cc fait en loi uni\·crsellc; ils condamnent et sacrifient ceux d'entre les hommes qui semblent les moins aptes aux luttes cruelles et sanguinaires qu'ils imposent comme condition tic l'existence clic-même. Mais le temps est proche où quelques hommes Yerront enfin la cause de leurs souffrances. Ils se ré\·oltcront contre cette tutelle tyrannique, et ils opposeront aux prctcnducs lois naturelles la force humaine des idées et des sentiments. lis vaincront tous les obstacles et libereront l'humanité en détruisant les Yicux dogmes qui incitaient les hommes à se haïr, à se combattre dans des luttes fratricides. Soutenus par leurs croyances, rien ne les arrêtera clans leur ascension ,·ers la I umiere, ni le roc escarpé, ni la roche glissante; ils consoleront par leurs génercux cflorts L'humanité souffrante, en faisant régner partout l'uniYer-

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