La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

UN DRA~IE SOCIAL ses bras, mais il reYoit son cadavre à la lueur des éclairs et il tombe évanoui sur son corps. Au loin, des voix mystérieuses se font entendre, pendant qu'au ciel le scintillem~nt des étoiles produit une diffuse lumiére. Elles vont révéler au héros sa mission divine. Fen·aal, dans l'obscur tressaillement de sa conscience a senti la ' Vérité céleste. Il se rcléve; l'espoir est rentré dans son coeur. Le dieu nouveau lui envoyait cette derniérc épreuve pour s'assurer de la grandeur de son âme. Fervaal, à genoux sur son calvaire de crlaccs récite ~ 0 , le nouveau Credo : « La douleur est la rançon du monde ; la Vic éternelle naitra de la mort. Les temps prédits sont arrivés. C'est le régne de l'Amour qui va commencer. » D'un geste passionné, il saisit dans ses bras sa fiancée morte, puis il commence une lente ascension vers le sommet de la montagne, pendant que le long manteau de Guilben flotte au vent de bise, comme un drapeau. Pllis il redit son chant de victoire ; mais cette fois ce n'est plus contre les hommes qu'il veut conduire les hommes, il espére les condllirc tolls vers la cité nouvelle, la grande cité humaine, où va enfin régner l'esprit de sacrifice, la loi d'amour. Une lueur rosée teinte les plus hauts nuages, c'est l'aur0rc des temps nouveaux, et les chants mystiques résonnent de nouveau, plus distincts; Fervaal les écoute, illuminé et conscient. Il entend les comm:rndements de la Foi nouvelle, il voit la nouvelle Cravann, la Cité céleste, la Patrie éternelle. A son appel, la nature se transfigure, la joie embrase le monde. Le régne de la Paix va s'étendre sur tout l'univers. Il appuie passionnément ses lévres sur celles de Guilben et, calme, solennel, victorieux, il recommence à monter par les sentiers de la montagne. Il chante un hymne d'enthousiasme et d'amour, il procla 111e sa joie et son bonheur, son triomphe éclatant. A pas lents, avec des efforts héroïques, il monte vers les cimes, pendant que les voix divines l'incitent et l'encouragent. Il affirme la venue du dieu nouveau, du dieu d'amour, qui sauvera l'humanité. Parvenu au sommet de la montagne, il disparaît dans les nuages amoncelés. La lumiére du jour se fait plus intense et plus claire, et bientôt toutes les cimes étincellent sous les premiers rayons d'un idéal soleil. * * * Telle est la conclusion du drame. Est-il besoin de commenter

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