La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

UN DRAME SOCIAL Arfagard, désespéré par l'aveu de Fervaal, pressent la ruine de la patrie, le triomphe du dieu nom·eau, et reste accablé près de l'autel de pierre. Le troisième acte montre la défaite des Celtes. Sur la montagne d'Iserlech, dernier rempart de Cravann, la bataille vient de finir. Il fait nuit. La bise siffle lugubrement et chasse les rapides nuages qui passent, incessants, éach_ant le sommet de la montagne et voilant par instant la clarté de la lune. Sous la neige, déjà rigides, les cadan-es des guerriers sont étendus. On entend au loin des cris de détresse et de longs gémissements. Fervaal, qui a s~uvécu a la défaite, se tient debout, sans casque, les deux mains appuyées sur la garde de son épée. Accablé par le , remords, il pleure sur la patrie détruite par sa ténacité, par son crime. Il essaie de prier, d'invoquer les dieux celtiques, mais sa pricre ne peut calmer le trouble de sa conscience. Arfagard, qui vient sur le champ de bataille pour ensevelir les morts, reconnaît FerYaal debout près du rocher. Il croit d'abord être le jouet d'une vision de son esprit, mais Fervaal lui raconte la terrible défaite. Il a combattu a la tête des guerriers, il a en vain cherché la mort; seul entre tous il a été préservé, il a survécu a la defaite et il reste pour pleurer sur les ruines de la patrie, et expier son parjure. Il supplie le prêtre de l'immoler pour apaiser les die11xdont il a trahi les oracles. Il croit toujours-que sa mort, souffrance suprême, amènera le règne du dieu nouveau, le dieu d'amour, le dieu de paix. Arfagard accepte ce sublime holocauste. li va frapper du couteau sacré Fervaal agenouiÛé dans une attitude pieuse, quand un appel desespére se fait entend.re dans la montagne. A ce cri de détresse, Fervaal s'est redressé; il a reconnu la voix de Guilhen, et aussitôt k désir de vivre est rentré dans son cœur. Que lui importe la ruine dè sa patrie, la mort de ses compagnons d'armes, puisque Guilhen est encore vivante? Le dieu nouveau, le dieu d'amour lui commande d'aimer. Arfagard yeut tuer le parjure; mais Fervaal le frappe de son glaive, et court vers Guilben qui apparait a travers les roches de la montagne. La victoire des barbares ne les a pas sauvés de la mort. Tous ont été ensevelis par les neiges. Elle seule a survécu. (Ces dernières scènes, surchargees d'événements extérieurs, exigeaient de plus amples développements.) Les deux amants oublient leur destinée présente. Guilben ne hait plus Fervaal. Fervaal ne maudit plus Guilhen dont. l'amour fatal l'a rendu parjure. Il ne songe pas que cette femme vient d'ordonner la

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