La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE prêtres et les guerriers prient dans un recueillement profond. Les prêtres apportent ;i. Arfagard une coupe pleine du sang de l'esclave sacrifié. Suivant le rite celtiqpe, il répand le sang sur l'autel. Les présages incertains l'inquictent. Il hésite un moment :\ d?nner l'épée du breun ;i Fen·aal, mais les chefs, conquis par la fierté du jeune héros, pleins de confiance dans son courage, forcent le prêtre par leurs suffrages à le prendre comme défenseur de la cité. Et pendant que les prêtresses distribuent aux guerriers le pain sacré, le barde de Fen·aal célèbre par ses chants le triomphe certain des Celtes. Mais au loin un appel retentit. Bientôt un messager :i.ccourt annoncer aux chefs l'invasion des barbares. - Ils arriYent pillant les villes et les bourgs, tuant les hommes sans défense; avant peu ils attaqueront" Cravann. L'approche soudaine du danger a ébranlé le courage des chefs. Ils veulent retourner en hâte vers leurs clans et leurs tribus, pour protéger les vieillards et les femmes. !\lais Fen·aal les exhorte :\ rester avec lui : - Désunis, ils seront vaincus; associés devant le péril commun, ils pourront le surmonter et remporter la victoire. li leur rappelle les exploits de leurs pères, les vertus de leurs :mcêtres, dont l'union heureuse a créé la patrie. Ces montagnes des Cévennes seront pour les habitants de Cravann une retraite assurée; l'armce des barbares sera repoussée; mais il faut réunir les hommes des tribus, les appeler tous au combat. Les chefs obcissent à ses ordres souverains et envoient des messagers vers les tribus et les clans. Pendant que les soldats arriYent sur la montagne et que les prêtres bcnissent leurs armes, Fervaal, soudain pris de remords, confesse au prêtre son amour pour Guilben. Il s'est parjuré, il a trahi la foi celtique. , 'est-il pas indigne de conduire les guerriers de Cravann? Arfagard, que cet aveu désespère, veut le maudire, dénoncer le parjure. Mais Fervaal l'arrête : - L'oracle a dit que la nouvelle vie naitrait de la souffrance humaine. J'expierai mes fautes par ma mort, et ce sacrifice donnera à ma patrie des destinées brillantes et heureuses. Et il adresse aux guerriers rassemblés une suprême allocution. Les brouillards se dissipent et laissent alors entrevoir, :i travers les pins, la ville sainte de Cravann éclairée par les rayons du soleil matinal. Fen·aal prend la harpe de son barde et, debout sur l'autel, il chante à pleine voix l'hymne de la victoire; il annonce le triomphe des Celtes, la defaite des barbares, la dcliYrance de la cité. Dans son enthousiasme héroïque, il entraine au combat les guerriers de Cravann, pendant que les trompettes celèbrent son courage, et que les chefs lancent vers le ciel les cris farouches de cc Amrha. »

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