La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

UN DRAME SOCIAL paroles caressantes, et fcrvaal, reconquis, saisit Guilhcn dans une voluptueuse étreinte. De nouveau retentit l'appel d'Arfagard. Fcrvaal, par un effort héroïque, se dégage alors des bras de l'enchanteresse et malaré la ~ y ' 0 douleur de cette femme qu'il aime, il l'abandonne pour accomplir son . serment. Gu_ilhen tombe a terre éYanouic. Quand elle reprend· connaissance, elle croit un moment qu'elle a fait un rêYc affreux, mais la triste réalité lui apparait certaine, quand clic voit au loin, dans la plaine, les chevaux emporter les deux étrangers. , Un moment elle s'abandonne à sa douleur poignante et pleure sur sa destinée lamentable. Elle se sent perdue à jamais, incapable de volonté et d'énergie. - Ma bouche a goûté le miel de ses Iévres et ma force a fui pour toujours! s'écric-t-elle. Mais bientôt une haine violente fait place dans son cœur à son amour passionné. Elle maudit cet homme qui l'a trahie. Elle veut tirer Yengeance de ce !ache abandon. Elle appelle:\ son aide les divinités infernales. Elle conduira les Sarrasins:\ la conquête dç cc pays de Cravann où s'est réfugié le héros détesté. Par ses ordres, la citl'.:sainte sera détruite, et Fervaal vaincu implorera sa pitil'.:. Et comme des bandes de barbares pénetrent dans les j:mlins pour demander à la reine des secours;\ leur miscrc, elle leur annonce qu'elle a décidé de recommencer la guerre sainte, d'envahir des régions nouvelles, d'aller vers le Nord piller des contrées fertiles remplies de richesses abondantes. Et tous les barbares acclament leur souveraine et se prosternent, pleins d'un enthousiasme religieux, devant la magicienne qui, par son audace, va leur assurer une victoire certaine, pendant que le soleil à son déclin éclaire d'une éclatante lumiérc les jardins du palais enchanté. Le décor du second acte représente un sire du pays de Cravann. Sur la déclivité d'une montagne couverte de pins moussus, Fervaal, le cœur plein d'angoisse et de regret, est assis prcs d'un massif autel de pierre brute. C'est dans une matinée d'automne. D'épais et incessants brouillards passent lentement; rendant le paysage incertain et changeant. C'est à peine si l'on distingue les arbres les plus proches. Le héros dit ses remords et ses angoisses. Depuis qu'il a quitté Guilben, il passe ses jours a pleurer sur son bonheur a jan~ais disparu. Les pensées qui le soutenaient autrefois dans l'infortune, sa croyance dans les divinités celtiques, son amour pour la cité de Cravann, ont perdu a ses yeux 36

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