La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

UN DRAME SOCIAL 559 Le vieillard lui rappelle sa promesse de servir les dieux celtiques, le serment solennel fait devant leurs autels. - Je n'ai pas oublié mon serment, ni les mystères sacrés des forêts solitaires où.j'ai passe!:ma jeunesse, lui répond Ferva.al. Je suis prêt a partir vers ces sombres retraites, mais je réclame de Yous, à mon maitre Arfagard, d'ètre initie aux mystères redoutables, d'être sacré prêtre par vos mains, afin que je puisse conjurer les charmes qui me retiennent dans ces lieux. Le sage Yieillard lui révèle alors les mystères et les rites des druides, puis la tâche réservée par les dieux au jeune héros. Fen·aal, le héros-prêtre, sera le suprême défenseur de la cite sainte, dt: CraYann, la ville ancienne du pays des brouillards, la grande patrie terrestre. Il doit repousser les barbares, enYahisseurs du dernier refuge du culte celtique; il est l'espoir suprême de son peuple. Mais, pour vaincre, il doit être initie aux mystéres sacrés, il doit connaitre les dogmes vénérables, les dieux cachés et les S)ï11bolcs mystérieux; le prètre lui explique la genèse du monde celtique : la force primitive Kaito, le serpent mystérieux, engendra la race des nuées dès les premiers :lges du monde. Les nuèes donnèrent naissance am, dieux et aux chefs. Bientôt, le grand esprit des forêts, l'âme pensante des Yieux hêtres, s'incarna dans le corps des hommes les plus saints. Ainsi fut créee la race des prêtres dont il est le dernier pontife. Les descendants des nuées et des hêtres ont construit la cité de Cravann. Ils l'ont faite forte, libre, heureuse; mais le malheur s'est abattu sur le noble pays. Les chefs glorieux sont tous morts en repoussant de récentes in\·asions; la foi du peuple s'est amoindrie. La cité est menacée. De n.:<loutables .présages annoncent sa fin prochaine. Un homme seul peut la sauver. - C'est Fervaal, le dernier descendant des dieux. Et le prêtre Arfagard s'incline respectueusement devant lui. - Un oracle m'a révelé ta mission divine, s'écrie-t-il. Une nuit, dans la solitude des forêts, la voix Je la montagne, la voix des dieux, s'est èlcvée du sein des brouillards blancs, et au milieu <lu fracas Je la foudre, j'ai entendu la prédiction des temps nouveaux. Un dieu va venir, il t'a choisi pour son prophète, c'est toi qui annoncera son règne. Le dieu des combats, le cruel Ésus va di.sparaitre. Une divinité mystérieuse le remplacera. J'ai immolé une victime sur l'autel de pierre, et la voix a repris : « Cravann va être envahie; mais un sauveur apparaitra, un chef élu, le dernier descendant des nuées, qui saura conquérir la grande cité sainte. Mais le dieu nouveau exige que ce chef soit pur, et que jamais l'amour n'ait troublé son corps ni son âme. » L'oracle t'avait désigne, car tu étais l'unique descendant des dieux. Je t'ai emmené dans l'obscure et dernière retraite de nos druides, dans la forêt sacrée où jamais aucun profane n'a porté ses pas, et là je

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