La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE retombe :\ terre. li aperçoit alors la femme qui est près de lui et qui le contemple aYec amour: - Tes yeux brùlent mon sein et me torturent, s'écrie-t-il. Cesse de me regarder ainsi. Laisse mourir en paix, dans la sérénité du cœur, celui qui a promis aux puissances di\'ines de vivre chaste et gui a maudit l'amour charnel. Femme, ne trouble pas par tes charmes impurs la douloureuse agonie d'un prêtre. Mais Guilben le contemple de ses regards si tristes et si passionnés, qu'il reste fasciné et qu'il ne peut persévérc:· dans ses anathémcs; sa malédiction ne s'aché,·e pas et il demeure étendu sans voix, brisé par b douleur. Le vieillard essaie de le secourir; il craint pour sa vie et se lamente désespérément : - Relève - toi, noble guerrier, espoir de la patrie loinrnine, dernier dc:,ccndant dé nos rois. Faudra-t-il donc que ton Yieux maitre ait la douloureuse üchc de t'ensc,·clir loin de la terre natale? Cependant Guilhcn a penché sa tête sur la poitrine du jeune héros : - Il vit encore, s'écri.c+cllc. Je pourrais le sauYcr, le guérir, si tu consentais, Yieillard, à faire porter ce jeune homme dans mon palais, car je sais les \'ertus salutaires des plantes, et je connais des brcll\'agcs magiques qui ferment les blessures. Accorde-moi la faycur de sauver sa Yic. Si tu hésites encore, il va mourir ici, sur cc sable brûlant qui engendre la fiévre. Aie confiance dans ma science. - Qu'il soit fait ainsi que tu veux, répond le vieillard. Et sur une ciYièrc de branchages et de feuilles les esclaves emportent \'Crs le chàteau de la magicienne le corps inanimé de l'infortuné ,·oyageur. Guilben et le vieillard suivent le cortège des serviteurs. Une belle symphonie évoquant l'ardent amour de Guilben pour le héros préccdc le premier acte. Dans les jardins de la magicienne tout remplis de fleurs, Fervaal est couché sous un vieil olivier. Au loin s'étendent des plaines brûlées par un soleil éclatant, dominées par la tour élevée d'un palais oriental. Le héros songe à cette femme mystérieuse qui, par des charmes, a su guérir ses blessures. Soudain, son compagnon apparait lui apportant son armure. - Fcn·aal, tes blessures sont guéries, il est temps de continuer notre route, dit le vieillard. Mais le héros refuse d'obéir à ses ordres : - Je veux jouir encore du charme de ces fleurs, de la beauté de ces bois. Je sens en moi comme une vie nouvelle.

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